Cette année, la PlayNight fête ses six ans. À cette occasion, le collectif organise à Paris la One Night Play Celebration, une soirée très spéciale… dont le lieu est encore tenu secret (plus d’informations en fin d’article). Rencontre avec FloZif (photo), la créatrice de cette sex party parisienne, qui continue à chaque nouvelle édition d’attirer un public avide de sensations fortes et curieux de découvrir et d’expérimenter d’autres façons de vivre sa sexualité.

Pourquoi as-tu voulu créer une soirée comme la PlayNight il y a six ans? Cela répondait-il à un besoin particulier? Je voyage beaucoup à l’étranger et il y avait des soirées Sex et play party ouvertes aux lesbiennes, queer, trans’, genderqueer à San Francisco, Londres, Berlin, Amsterdam et j’aimais y aller pour découvrir de nouveaux univers. Or, à Paris quand je revenais, rien n’existait et je trouvais cela vraiment dommage que ça circule partout ailleurs sauf ici. C’était aussi le début d’un intérêt de plus en plus grand pour les films, les créations, les performances, des ateliers où le corps, les désirs, les représentations non-binaires des sexualités se développaient un peu partout et surtout dans les festivals, ou à travers des films pornos. Il y avait toute une tendance de filles, trans’, queer, ouverts et dans l’empowerment, qui n’avaient pas froid aux yeux et voulaient vivre une sexualité libre et sans préjugés. Je montais des séances de films pornos pour les grrrlZ et trans’ et ça marchait tellement bien que j’ai décidé de lancer les fêtes! C’était un vrai challenge, mais je me disais que si je ne le faisais pas, j’allais attendre trop longtemps que ça existe. Alors j’ai monté une équipe, contacté un lieu et bingo! C’était parti! La PlayNight est née le 21 mars 2009 avec la sève du Printemps parisien dans un club/backroom proche de Mirosmesnil.

playnight 1er flyerPlayNight: 1e édition

Quelle évolution a connu la soirée depuis sa première jusqu’à aujourd’hui? Le premier soir, on espérait que 60 personnes allaient participer et plus de 100 personnes sont venues! À un moment, j’ai regardé autour de moi et j’ai senti l’énergie. J’ai été totalement émue, je me suis dit «ça y est, ça existe, ça fait du bien… et on ne va pas s’arrêter là!» Ensuite nous avons continué sur le rythme de trois soirées par an. Le Banque Club, où nous faisions les premières fêtes, a fermé et nous somme allées au Next. Ce n’était pas facile de trouver un club qui accepte des filles et des trans’, mais le Next a suivi. Il y avait là-bas des fêtes Fetish et Emerik, le boss, a trouvé ça super d’accueillir notre soirée! L’espace étant plus grand, nous avons développé plus d’activités, des ateliers, et invité plus de shows.

L’idée étant de lier le plaisir avec la performance pour faire un mélange de créations et de découvertes. On a aussi mis en place des ateliers en début de soirée. Il y a un vrai concept qui s’est développé: on peut venir simplement boire un verre et être dans un espace safe ouvert aux sexualités, et on peut aussi assister à des ateliers avec des jeux BDSM, des techniques de cordes, de fouet, de bougie, voir des shows avec des artistes.

Nous avons ensuite invité des DJs pour que ça chauffe aussi sur le dance floor: Bella9ch, Maïc Batmane, Markus Chaak. On a reçu beaucoup de performers et performeuses: Misungui, Leel of Wood, Tom Nanty, Lady Pantalone, Rebecca Chaillon, Leia Tomik, Kay Garnellen, Marianne Chargois, Mam Georges, et tant d’autres. Les photos des flyers ont été réalisées par Goodyn Green, Emilie Jouvet, Emilie Pinsan, Amaury Grisel… L’idée est de créer une ébullition avec des personnes qui mettent en scène les corps. Que la fête serve aussi à créer un univers underground autour des sexualités décomplexées et un lieu d’échange. Aujourd’hui on a entre  150 et 170 personnes à chaque fête et on touche un public toujours différent. En dehors des habitué.e.s, on voit souvent des personnes que l’on ne connait pas du tout, ce qui casse aussi le mythe de dire que l’univers «filles et trans’» est petit et qu’on va juste se retrouver avec toujours les mêmes personnes.

Y a-t-il du rejet de la part d’une partie de la communauté autour de cette soirée? Il y a souvent rejet quand on parle de sexualité et surtout de sexualités «filles» et alternatives! Quand je distribue les flyers dans les bars ou dans les fêtes, certaines se détournent et disent «Oh non, pas moi», ou alors pouffent de rire en demandant si elles vont se faire fouetter dès l’entrée… Il y a encore beaucoup de fausses idées, mais on est là pour les ébranler! Il y a des personnes qui considèrent qu’en étant sex-open et positif, je reproduis la domination et il y a eu des articles assez virulents et méprisants sur mes fêtes, avec une méconnaissance totale et sans même être venue, ou alors des critiques sur la quasi «non-mixité» des soirées, sans vouloir comprendre que nous voulons créer un espace safe avant tout, un espace majoritairement grrrlZ qui n’existe pas ailleurs. On fait face à des jugements ou des préjugés.

Curieusement, au moment des manifestations pour le mariage et la PMA, je participais et je voyais que souvent ma présence – et donc celle de la PlayNight – dérangeait dans les actions de groupes associatifs car cela pouvait donner une «mauvaise» image du couple et de la famille… le «sexuellement correct»!

Mais d’un autre côté, j’aime ne pas plaire à tout le monde: c’est ce qui fait la particularité des PlayNight, nous ne sommes pas consensuelles et nous prenons des risques! Et puis il y a eu de très beaux articles comme dans Libération, la revue Imparfaite, des blogs. On commence à être connu à l’étranger. Alors même s’il y en a qui râlent, nous on est là!

Quel est le public aujourd’hui de cette soirée? As-tu l’impression que les nouvelles générations vont plus facilement vers des soirées comme la PlayNight? Qu’elles s’approprient plus facilement leur sexualité et expérimentent davantage de nouvelles choses? Le public est majoritairement des filles et des trans’, avec un mélange d’âges et de genres. Ça ne ressemble à rien de ce que l’on connait. Comme la soirée est de plus en plus connue, le bouche à oreille fonctionne bien et elles/ils viennent découvrir. Il n’y a plus beaucoup de fêtes pour les filles/trans’ désormais, donc nous faisons partie des rares qui continuent d’exister. La nouvelle génération est curieuse, prête à expérimenter, donc assez ouverte, en effet, au moins pour essayer. Les sexualités bougent, et c’est assez étonnant de voir comment elles/ils sont à l’aise très vite et en parlent sans complexe. Le web offre de nouvelles images, un accès plus facile aux films, aux photos, aux selfies osés, les sites de rencontres permettent de plus se lâcher. Mais il existe encore peu de lieux où les filles ou trans’ puissent aller pour «baiser» ou avoir accès au sexe réel.

Quel regard as-tu justement sur le fait qu’il n’existe quasiment rien en matière de sex parties et backrooms à Paris pour les femmes? Comment expliques-tu que cette différence de consommation avec la communauté gay perdure encore aujourd’hui? Parfois, ça m’attriste vraiment de me dire que je ne peux pas aller dans un endroit de sexe quand je veux, d’une façon simple, dans un lieu qui serait agréable et que j’aimerais! Beaucoup me demandent de faire la soirée au moins une fois par mois, donc ça manque vraiment! Au niveau purement commercial, les backrooms qui existent préfèrent une clientèle plus «bankable», donc masculine.

Quand je cherchais un lieu pour mes soirées, j’ai même entendu des réponses comme «on ne peut pas avoir des filles et des trans’, ça dévaloriserait notre lieu et les garçons ne viendraient plus!».

Aussi, le sexe chez les femmes reste encore tabou! Beaucoup sont très farouches, n’osent pas se lâcher et auto-censurent leurs plaisirs. C’est culturel et cela prend du temps pour évoluer. Mais je ne sais pas si des backrooms pour les filles ou trans’ marcheraient telles qu’elles existent pour les gays. Ce n’est pas la même demande, et tant mieux. Il faudrait penser un autre concept (j’y réfléchis!) avec un lieu plus hybride, avec backrooms, cabines, un espace massage, des coin BDSM, de la musique, un espace chill-out pour se poser, donner des rendez-vous et oser le sexe autrement. La consommation pour la consommation comme souvent chez les gays, même au niveau cul, ce n’est pas un trip qui me fait beaucoup rêver! Mais ce serait bien vraiment qu’il existe des espaces plus nombreux pour le sexe entre filles/trans.

La PlayNight, ce n’est pas qu’une soirée, peux-tu m’en dire plus sur les ateliers que tu as mis en place? As-tu d’autres projets? Au fur et à mesure la PlayNight est devenue un label et je propose, en plus de la Party, d’autres activités autour des corps, des cordes et de la technique du shibari et des massages. J’ai développé des ateliers et j’ai mis en place des cours de cordes-shibari au Point Éphémère (le prochain a lieu le 10 avril), des stages de cordes et massages, des rendez-vous «cordes et queer» tous les jeudis à la Place des cordes, et un stage de massage Tantra au Point Éphémère et à Micadanses. Cela n’existait pas auparavant et ça commence à bien marcher! Aussi avec FièrEs et Coraline Delebarre, nous avons fait des ateliers Sexualités et prévention pour filles et trans’. Et depuis un an, on organise une fête avec le collectif Fukthename, la Prude Pride, juste avant la Marche des fiertés de Paris en juin. Enfin, il va bientôt y avoir un site Internet de la PlayNight.

Peux-tu dévoiler ce que réserve la soirée du 18 avril, la One Night Play Celebration? Qu’aura-t-elle de spécial? La soirée du 18 on va fêter les 6 ans! J’ai voulu faire une grande première «Spécial Donjon» dans un endroit nouveau et insolite! Il s’agit donc d’un lieu privé, totalement aménagé avec des espaces aux scénographies spéciales (salle médicalisée, cage, autel religieux…), projections de films, des ateliers bondage/shibari, cire, fouet…, un coin cosy «baisodrome»… le tout dans 300m2! Cette fois, ce sera plus axé sur les jeux kinky, les jeux de rôles, le BDSM… mais toujours avec notre esprit! C’est le cadeau d’anniversaire, la cerise sur le gâteau PlayNight!

one night play flyer

 

La soirée One Night Play est accessible uniquement aux personnes ayant réservé par mail. Un lien sera communiqué aux personnes pour prendre leur places en ligne par WeezEvent. Il n’y aura aucune vente à la porte. L’adresse et un mot de passe seront communiqués par mail aux personnes qui ont réservé. Plus d’informations sur Yagg Sortir.

Le prochain Atelier Initiation au Shibari aura lieu le 10 avril de 18h30 à 22h au Studio Danse du Point Ephémère. Réservations par mail. Accessible aux débutant.e.s pour découvrir ou approfondir la technique et le travail des cordes.