La veille du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, neuf militantes féministes chinoises ont été arrêtées à Pékin alors qu’elles préparaient une grande action de sensibilisation contre le harcèlement sexuel en distribuant des autocollants dans l’espace public. Les forces de l’ordre les ont appréhendées et les ont emmenées pour les interroger. Quatre d’entre elles ont été rapidement relâchées, mais les cinq autres Li «Maizi» Tingting, Wang Man, Wei Tingting, Wu Rongrong et Zheng Churan, toutes âgées entre 25 et 35 ans, ont été emmenées au Centre de détention de Haidian et y sont encore retenues aujourd’hui, suspectées de vouloir provoquer des troubles à l’ordre public. Elles risqueraient jusqu’à cinq ans de prison.

Les cinq militantes sont très investies au sein d’associations qui promeuvent l’égalité des genres, mais aussi pour certaines dans des organisations LGBT. C’est le cas de Li «Maizi» Tingting, qui a à son actif plusieurs actions en 2012, telles qu’Occupy the Men’s Toilets pour réclamer davantage de sanitaires pour les femmes, et a défilé vêtue d’une robe de mariée couverte de sang pour protester contre les violences domestiques. Pour cette militante ouvertement lesbienne, faire entendre la voix de la communauté LGBT doit d’abord passer par une vraie égalité entre les hommes et les femmes dans la société chinoise: «Si la discrimination entre les genres ne peut pas être anéantie en Chine, alors il ne peut pas y avoir de mouvement des lesbiennes», assurait-elle dans une interview suite à l’action Occupy the Men’s Toilets. L’organisation AllOut a lancé une pétition de soutien aux cinq militantes, avec le témoignage de Xiao La, la petite amie de Li «Maizi» Tingting. De nombreuses manifestations de soutien se sont mis en place en Chine et à travers le monde depuis le début de leur détention.

Un journaliste de la BBC a pu s’entretenir avec l’une des militantes relâchées: «J’avais très peur quand j’ai été placée en détention, mais maintenant je sens que j’ai fait quelque chose d’important, a raconté la militante, qui a souhaité rester anonyme pour sa sécurité. Je suis très inquiète de ce qui va arriver aux autres. Si elles sont condamnées à une peine de prison, ce sera un coup dur pour notre mouvement.» L’arrestation de ces femmes est très préoccupante pour les organisations de protection des droits humaines en Chine. Pour Sophie Richardson, directrice de Human Rights Watch en Chine, la détention de ces militant.e.s attire l’attention de la communauté internationale sur les nombreux abus du gouvernement chinois: «Beaucoup de gens trouvent qu’il est incroyable que le gouvernement de la deuxième puissance économique mondiale, qui possède la plus grande armée, ait peur d’un groupe de femmes qui essaie d’attirer l’attention sur le harcèlement sexuel. L’association entre pouvoir et paranoïa est très révélatrice.»