Devant la vague de contestations déclenchée par la promulgation du Religion Freedom Restoration Act (RFRA), une loi de protection de la liberté religieuse fortement critiquée car autorisant les discriminations, le gouverneur de l’Indiana Mike Pence avait demandé mardi 31 mars aux député.e.s de se remettre au travail pour clarifier la toute nouvelle législation.

«CERTAIN.E.S PENSERONT QUE CETTE LOI VA TROP LOIN, D’AUTRES PAS ASSEZ»
Hier matin, David Long, le Président pro tempore du Sénat, et Brian Bosma, le porte-parole de la Chambre des représentants, ont présenté à la presse les amendements (photo), insistant à de nombreuses reprises sur le fait que jamais la loi n’avait été destinée à autoriser les discriminations et qu’elle avait été mal interprétée et mal comprise par ses détracteurs/trices. Les modifications interdiront d’utiliser le RFRA comme un moyen de défense pour les personnes ou les entreprises qui refuseront de fournir un bien ou un service.

La Chambre des représentants, puis le Sénat ont voté et adopté ces modifications à respectivement 66 voix contre 30, et 34 voix contre 16, à 16h (heure locale). En fin d’après-midi, conformément à son engagement, le gouverneur Mike Pence a signé la loi: «Les Hoosiers (nom des habitant.e.s de l’Indiana, ndlr) méritent de savoir que même avec cette loi, le RFRA améliore la protection de chaque église, de chaque organisation religieuse à but non lucratif, de chaque école religieuse, de chaque rabbin, prêtre, pasteur, dans la perspective de l’action du gouvernement où leur liberté religieuse est menacée. (…) Certain.e.s penseront que la loi va trop loin, d’autres pas assez, mais en tant que gouverneur je dois toujours placer l’intérêt de notre État en premier et me demander chaque jour “Quelle est la meilleure chose pour l’Indiana?” Je crois que résoudre cette controverse et clarifier que chaque personne se sent la bienvenue et respectée dans notre État est ce qu’il y a de mieux pour l’Indiana.»

La loi prendra effet au 1er juillet.

«ILS NE COMPRENNENT PAS»
Néanmoins des voix se sont élevées du côté des démocrates, qui ont voté en nombre contre les amendements proposés, comme celle de Scott Pelath: «Je veux entendre quelqu’un dire que nous avons fait une grave erreur, et que nous avons causé une énorme humiliation à l’État, qu’il faudra des mois, si ce n’est des années, pour la réparer. Je veux entendre un des partisans cracher le morceau car la guérison ne se fera pas sans cela. La solution est simple. Abrogez la loi.» Interviewé sur CNN, le démocrate a réitéré ses propos: «Malheureusement, il y a certains dirigeant.e.s de notre État, et je dois mettre Mike Pence au sommet de la liste, qui ne pigent tout simplement pas. Ils ne comprennent pas que l’Amérique a changé et que l’Indiana a changé.»

DES AMENDEMENTS QUI NE METTENT PERSONNE D’ACCORD
Même son de cloche chez les militant.e.s LGBT qui malgré ce «premier pas» vont continuer à se mobiliser pour obtenir une protection réelle contre les discriminations. «Même si cette législation est certainement un recul face au danger, le combat ne sera pas terminé avant que chaque personne en Indiana soit pleinement égale selon la loi, a déclaré Chad Griffin, le président de l’organisation Human Rights Campaign (HRC). Au niveau fédéral et dans les 50 États, le moment est venu d’avoir dans ce pays des protections légales de non-discriminations pour les personnes LGBT qui ne peuvent pas être ébranlées.» D’autant que même des partisans de la loi dans sa version originale contestent maintenant les nouveaux amendements, qui, selon eux, menacent à nouveau la liberté religieuse des petites entreprises.