Le gouverneur Mike Pence s’attendait-il à un tel retour de bâton en promulguant le Religious Freedom Restoration Act (RFRA)? Depuis une semaine, de nombreuses personnalités font part de leur colère, de Miley Cyrus à Stephen King, en passant par Tim Cook. Le gouverneur républicain a quant à lui continué sur la même ligne de défense: selon lui, la loi n’est pas un permis de discriminer, mais une protection pour les personnes qui voient leur liberté de culte menacée par le gouvernement de Barack Obama. À plusieurs reprises dans les médias, Mike Pence a insisté sur le fait que la loi qu’il a ratifiée vendredi dernier était calquée sur une autre loi, fédérale cette fois-ci, signée en 1993 par un démocrate… Bill Clinton: «L’intention de la loi quand le président Clinton l’a signée, l’intention de celle que j’ai signée étaient de donner aux cours de notre État le plus haut niveau de contrôle dans les affaires où des personnes ont le sentiment que l’action du gouvernement empiète sur leur liberté religieuse».

Le gouverneur a quand même fini par demander hier, mardi 31 mars, aux représentant.e.s de préciser certains aspects de la loi: «Après réflexion et en consultation avec la direction de l’Assemblée générale, j’en suis venu à la conclusion qu’il serait utile de faire évoluer la législation cette semaine pour la rendre plus claire afin qu’elle ne donne pas aux entreprises un permis de refuser leurs services à quiconque». Une décision rapide, mais que les associations LGBT de l’Indiana ont accueillie avec prudence puisqu’elles ignorent encore si le gouverneur prendra réellement en compte leurs revendications ou s’il s’agit d’un effet d’annonce pour calmer la polémique.

DES ERREURS D’INTERPRÉTATION
Mais selon le journaliste Garrett Epps, affirmer que le RFRA fédéral de 1993 et celui de l’Indiana sont les mêmes, comme Mike Pence et certains médias l’ont fait, est tout simplement une erreur. Car en comparant les deux textes, il s’est aperçu que des différences majeures apparaissent… et permettent de voir la vraie nature de cette loi: «D’abord la loi de l’Indiana autorise spécifiquement les entreprises à but lucratif à affirmer leur droit au “libre exercice de la religion”, remarque-t-il dans sa tribune publiée sur le site de The Atlantic. Le RFRA fédéral ne contient pas ces termes, ni aucun RFRA d’État, à part celui de Caroline du Sud, en fait la Louisiane et la Pennsylvanie excluent explicitement les entreprises à but lucratif de la protection de leurs RFRA. (…) Ensuite, l’Indiana fait explicitement du droit au “libre exercice” d’une entreprise une défense contre une poursuite privée, plutôt que contre des actions menées par le gouvernement.»

PHOTO DE FAMILLE
En outre la Gay & Lesbian Alliance Against Defamation (Glaad) a partagé une analyse de la photo de la promulgation particulièrement éloquente. L’organisation a en effet identifié les personnes qui entouraient le gouverneur Mike Pence: Micah Clark, directeur exécutif de l’American Family Association de l’État d’Indiana, Curt Smith, ancien président de l’Indiana Family Institute, et Eric Miller, directeur exécutif d’Advance America, tous trois fervents défenseurs de la famille traditionnelle et opposés à la reconnaissance des couples de même sexe et des familles homoparentales. L’organisation Advance America a d’ailleurs ouvertement communiqué sur le fait que la nouvelle loi allait effectivement permettre à toute entreprise de refuser ses services à un couple de même sexe, ou même à un.e chef d’entreprise de refuser à ses employé.e.s trans’ d’utiliser les sanitaires correspondant à leur identité de genre.

APRÈS L’INDIANA
Enfin, l’Arkansas risque de suivre le même chemin que l’Indiana puisque la Chambre des représentants a voté l’entrée en vigueur du RFRA hier. Le gouverneur Asa Hutchinson a affirmé vouloir la promulguer prochainement. «J’ai dit que si cette loi arrivait sur mon bureau sous une forme similaire à celle qui est passé dans 20 autres États, alors je la signerais, a-t-il déclaré lundi. Mais je suis satisfait que le pouvoir législatif continue de chercher des moyens d’assurer l’équilibre et l’équité dans la législation.»