La loi sur la «liberté religieuse» adoptée par l’Indiana la semaine dernière (lire États-Unis: l’Indiana adopte une loi autorisant les discriminations à l’encontre des LGBT) n’est sans doute que la première d’une liste qui s’annonce longue – Human Rights Campaign (HRC) dénombre des textes similaires dans 23 États américains, selon Advocate.com.

Dans une tribune publiée par The Washington Post, Tim Cook, le directeur général d’Apple, qui a fait son coming-out en 2014 (lire Tim Cook: «Je suis fier d’être gay») dénonce ces lois qui «vont à l’encontre des principes fondamentaux sur lesquels s’est construite notre nation, et pourraient détruire des décennies d’avancées vers une plus grande égalité».

«Quelque chose de très dangereux est en train de se passer dans des États à travers le pays, débute Tim Cook. Une vague de législation, présentée dans plus e deux douzaines d’États, permettrait à des gens de faire preuve de discrimination envers leurs voisins.»

Comme le souligne Advocate.com, la loi de l’Indiana, comme celle qu’a adopté le Mississippi l’an dernier, celle à laquelle l’Arizona a échappé de justesse à la même époque ou le texte adopté la semaine dernière en Arkansas (qui devrait être signé par le gouverneur de l’État), ne mentionnent pas explicitement les personnes LGBT. Elles ouvrent donc aussi la porte à toutes sortes de discriminations fondées sur des croyances religieuses.

D’autres textes sont «plus transparents dans leur volonté de discriminer», précise Tim Cook, qui évoque notamment une proposition de loi texane qui veut pénaliser financièrement les officiers d’état civil qui délivreraient des licences de mariage à des couples de même sexe même si la Cour suprême des États-Unis met fin à l’interdiction du mariage pour tous dans l’État dans les mois qui viennent.

«Ces propositions de loi justifient l’injustice en prétendant défendre quelque chose qui tient à cœur à nombre d’entre nous, s’insurge le patron d’Apple, qui a fait savoir il y a quelques jours qu’il comptait faire don de sa fortune à des œuvres de charité. (…) Le milieu des affaires américain a compris depuis longtemps que la discrimination, sous quelque forme que ce soit, est mauvaise pour les affaires. À Apple, notre business est d’améliorer et d’enrichir les vies de nos clients. Nous nous efforçons de travailler d’une façon juste et équitable.

«C’est pourquoi, au nom d’Apple, je m’élève contre cette nouvelle vague de législation, où qu’elle soit. J’écris ceci dans l’espoir que de nombreux/ses autres se joindront au mouvement. De Caroline du Nord au Nevada, les propositions de lois qui sont étudiées nuiront vraiment à l’emploi, à la croissance et à la vigueur économique de régions du pays où l’économie du XXIe siècle a, à une époque, été accueillie les bras ouverts.»

«Notre message, que ce soit dans ce pays ou ailleurs dans le monde, est celui-ci, Apple est ouverte, ajoute-t-il. Ouverte à tou.te.s, d’où que vous veniez, quelle que soit votre apparence, la façon dont vous croyez ou la personne que vous aimez. Qu’importe ce que la loi autorise dans l’Indiana ou dans l’Arkansas, nous ne tolérerons jamais la discrimination.»

Tim Cook prend bien soin de préciser que son opposition à ces textes n’est pas une attaque contre les religions. Enfant, il a été baptisé dans une église baptiste, et la foi «a toujours été une part importante de [sa] vie».

«On ne m’a jamais enseigné – et je ne le crois pas non plus – que la religion devait être utilisée comme excuse pour discriminer.»

Et pour faire passer son message, il fait référence aux «hommes et aux femmes qui se sont battu.e.s et sont mort.e.s en se battant pour protéger les principes fondateurs de notre pays, la liberté et l’égalité», avant de faire appel à une image qui marque toujours les esprits des Américain.e.s: «L’époque de la ségrégation et de la discrimination marquée par des pancartes “Blancs Uniquement» sur les portes des magasins, sur les fontaines et les toilettes doit rester enfouie dans notre passé».

Et de conclure:

«Ce n’est pas une question politique. Ce n’est pas une question religieuse. La question est de savoir comment nous nous traitons les un.e.s les autres en tant qu’êtres humains. S’opposer à la discrimination demande du courage. Alors que les vies et la dignité de tant de personnes sont en jeu, il est temps pour nous tou.te.s de faire preuve de courage.»