[mise à jour, 3 avril, 11h59] Ajout du Conservatoire des Archives et des Mémoires LGBT de l’Académie Gay & Lesbienne.

La réalisatrice Marlies Demeulandre répond aux questions de Yagg sur son idée de film documentaire sur les gays et les lesbiennes dans le milieu du travail des années 50 à nos jours et explique pourquoi elle a besoin de fonds, via Ulule, pour mener à bien ce projet.

Vous avez lancé un nouveau projet sur la vie des gays et des lesbiennes dans le monde du travail. Pourquoi? J’avais envie de raconter une histoire des gays et lesbiennes au travail qui se déploie dans le temps, des années 50 à nos jours. Il me semblait que cette histoire-là n’avait pas encore été racontée et qu’elle pouvait nous parler, nous interpeller, aujourd’hui encore, à plus d’un titre. D’abord parce qu’elle permet de partager la mémoire des plus anciens, ceux qui ont commencé à travailler dans l’après-guerre et donc de raconter toute une époque en s’approchant par strates historiques de notre histoire contemporaine. Ainsi, ce qui se vit aujourd’hui prend du relief, tissé dans une histoire plus large, qui permet peut-être de saisir ce qui a évolué et ce qui résiste. Cette histoire est racontée à travers la mémoire et la sensibilité de neuf personnages âgés de 30 à 82 ans. Des images d’archives, plus sociétales, viennent en toile de fond raconter l’époque dans laquelle ils s’inscrivent, ce complément indispensable permet de mieux comprendre leur vie, leurs tensions, leurs joies…

Quelle est la spécificité de cette période d’après-guerre? C’est une période de réarmement moral, rappelons-nous du «Tout est interdit» diagnostiqué par la jeunesse de mai 68. Et c’est, pour les gays et les lesbiennes, une période marquée par une intolérance sociale généralisée et une oppression sourde, sournoise, mais omniprésente. Le fil rouge de ce film est donc le monde professionnel, c’est une lucarne intéressante, un microcosme de vie, comme un autre, avec ses règles écrites et non écrites. C’est aussi un univers particulièrement normatif qui s’est construit historiquement en valorisant la figure du mâle blanc hétérosexuel et bon père de famille.

Quelles sont les différences avec les films courts Coming In que vous aviez réalisés et dont Yagg s’était fait l’écho? Ce film prolonge bien sûr la série de films courts que j’avais réalisés en 2014. Ces films étaient construits autour de la parole de gays et de lesbiennes racontant trois temps au travail: l’invisibilité, le coming-out et la visibilité avec les conséquences qui en découlent. Ce nouveau film déploie ce dispositif mais dans un temps historique. Il raconte l’invisibilité totale des gays et des lesbiennes dans des milieux de travail «ordinaires» dans les années 50, 60, 70. Il raconte ensuite les années 80 et 90, marquées par le sida, puis les premiers coming-out dans les années 2000 pour la plupart. Enfin, ce qui se vit aujourd’hui au travail, deux ans après le mariage pour tous. L’idée est de confronter les regards et les temps pour voir ce qui a été gagné, ce qui a bougé, grâce au militantisme il ne faut pas se leurrer, et ce qui reste difficile, complexe. C’est une histoire d’évolution des mœurs, de regard des autres et de confiance en soi mais dans le microcosme du travail.

Quels nouveaux témoins avez-vous trouvé? En fait, j’avais envie de sortir des bureaux pour donner à voir d’autres environnements professionnels et je souhaitais confronter mes propres préjugés, peut-être, à la parole de témoins. Je m’interrogeais: est-ce que le monde agricole, la police/l’armée, les ouvriers, pour prendre ces trois univers de travail, sont plus résistants à l’évolution des mœurs, voire plus homophobes que d’autres milieux professionnels? J’ai donc rencontré, avec l’aide d’associations LGBT que je tiens à remercier, des témoins issus des ces univers professionnels. Et j’ai rencontré Monique, personnage haut en couleurs, qui nous raconte le monde de l’Éducation nationale dans les années 50 et 60.

Qu’attendez-vous de la campagne sur Ulule? Un soutien financier bien sûr mais aussi du buzz pour faire connaître notre projet! Pour nous, Ulule est aussi un relais puissant de communication grand public et c’est pour nous également un acte militant que de dénoncer la discrimination envers les gays et les lesbiennes qui perdure aujourd’hui dans le monde du travail.

À quoi vont servir les fonds? Nous avons besoin d’un soutien financier pour acheter des images d’archives audiovisuelles, auprès de l’INA, du Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir ou du Conservatoire des Archives et des Mémoires LGBT de l’Académie Gay & Lesbienne, afin de raconter les différentes époques et les grands temps de militantisme, auxquels ont pris part certains de nos témoins. Or, les archives audiovisuelles coûtent très cher et nous avons besoin aussi de plus de temps de montage. Enfin, il faut accompagner le film en festivals pour qu’il soit vu par un maximum de personnes et c’est un aussi un poste de coût pour une société de production. Les documentaires d’auteur vivent dans des économies fragiles alors que leurs propos sont plus que nécessaires pour faire évoluer les mentalités. La télévision est un media encore puissant, nous remercions d’avance les internautes pour leur soutien si précieux!

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce projet et le soutenir, rendez-vous sur la page du documentaire Coming In sur Ulule.