Le gouverneur de l’État de l’Indiana a promulgué jeudi 26 mars une nouvelle loi destinée à protéger la liberté religieuse, qui permettra à toute personne de refuser un service ou une prestation à une personne LGBT si elle considère que cela va à l’encontre de ses principes religieux. «Aujourd’hui, j’ai signé le Religious Freedom Restoration Act, car je soutiens la liberté de religion pour chaque Hoosier [les habitant.e.s de l’Indiana, ndlr] quelle que soit sa croyance, a déclaré Mike Pence. La constitution des États-Unis et la Constitution de l’Indiana fournissent toutes deux une forte reconnaissance de la liberté de culte mais aujourd’hui, beaucoup de croyant.e.s ont l’impression que leur liberté religieuse va être attaquée par les actions du gouvernement.» Le gouverneur, membre du Parti républicain, assure que la loi n’est en aucun cas discriminante. Du maire d’Indianapolis Greg Ballard à la National Collegiate Athletic Association (NCAA), plusieurs personnalités et organisations ont fait part de leur profonde inquiétude de voir instaurer ce permis de discriminer sous couvert de protéger les croyances de chacun.e.

UNE LOI DANGEREUSE AUX CONTOURS FLOUS
Ce n’est pas la première loi de ce genre à faire son apparition aux États-Unis. Il y a un an, l’Arizona avait par exemple adopté une mesure similaire, mais la gouverneure Jan Brewer avait finalement opposé son veto. «Ces lois sont souvent incroyablement vagues et légères en détails, souvent intentionnellement, a rappelé l’organisation Human Rights Campaign. Le patron évangélique d’une entreprise fournissant un service laïque peut faire un procès au motif que sa foi peut lui empêcher d’engager des juifs, des personnes divorcées ou des personnes LGBT. Un propriétaire peut refuser de louer un appartement à un musulman ou une personne trans’.»

DES GEEKS EN COLÈRE
La promulgation de cette loi a provoqué la colère de nombreuses personnalités, à commencer par l’acteur ouvertement gay George Takei: «Au gouverneur et aux parlementaires de l’Indiana qui soutiennent cette loi réactionnaire et clivante, je vous le dis: si elle entre en vigueur, l’Indiana sera marqué comme un État où certaines personnes ne sont pas les bienvenues, et nous n’y viendrons plus. Et nous n’y organiserons plus d’événements, y compris la GenCon, la plus grande convention de jeux vidéos au monde, qui se tient à Indianapolis chaque année.»

Mike Pence ne devrait pas prendre cette menace à la légère, car les organisateurs/trices ont déjà fait savoir ce qu’ils/elles pensaient de cette nouvelle loi: «La grande diversité de nos participant.e.s est devenue un élément clef du succès et du développement de notre convention, a écrit Adrian Swartout, le PDG de la GenCon dans une lettre adressée au gouverneur. Une législation qui pourrait autoriser de refuser un service ou une discrimination contre nos participant.e.s aura un impact négatif direct sur l’économie de l’État, et des conséquences sur notre décision de tenir la convention dans l’Indiana dans les années à venir.» La GenCon a attiré plus de 50000 personnes l’année dernière à Indianapolis et l’impact financier de l’événement sur la ville d’Indianapolis est estimé à 50 millions de dollars (environ 46 millions d’euros). De façon plus globale, beaucoup de professionnel.le.s du tourisme craignent déjà que cette loi sur la liberté religieuse ait des conséquences sur l’économie de l’État.