Avec la signature des trois entreprises françaises AXA, Sodexo et Thomson Reuters, le 24 mars 2014, la Charte d’Engagement LGBT compte désormais 30 signataires. Les chefs d’entreprise ont paraphé la Charte au ministère des Affaires sociales en présence de la secrétaire d’État chargée des Droits des femmes Pascale Boistard et du Défenseur des droits Jacques Toubon.

«ENVIRONNEMENT INCLUSIF»
Les trois entreprises se sont donc engagées à promouvoir la diversité et prévenir les discriminations liées à l’orientation sexuelle ou le genre. En signant cette charte, non contraignante, les entreprises s’engagent à donner un cadre formel pour une politique de promotion de la diversité et de prévention des discriminations. Elle incite notamment à «créer un environnement inclusif pour les collaboratrices et les collaborateurs LGBT, veiller à une égalité de droit et de traitement entre tou.te.s les collaboratrices et collaborateurs quelles que soient leur orientation sexuelle et identité sexuelle ou de genre, soutenir les collaboratrices et collaborateurs victimes de propos ou d’actes discriminatoires ainsi qu’à mesurer les avancées et partager les bonnes pratiques pour faire évoluer l’environnement professionnel général».

La secrétaire d’État chargée des Droits des femmes s’est félicité d’une telle signature sur Twitter:

Pour Marc Plumart, Directeur général de Sodexo France (qui montre la Charte sur la photo ci-dessus), il s’agit là d’une belle avancée pour une entreprise qui a déjà fait parler d’elle dans la lutte contre les discriminations LGBT: «Si l’on se fie aux statistiques disant que les personnes LGBT représentent 6 à 10% des habitants de cette planète, cela signifie que Sodexo emploie entre 25 000 et 40 000 salarié.e.s LGBT dans le monde. En France entre 2 000 et 3 500. Notre objectif est que chacun.e se sente inclus, ce qui signifie en sécurité, respecté, reconnu et valorisé.»

DES ENTREPRISES QUI S’ENGAGENT CONTRE LES DISCRIMINATIONS
Le premier employeur privé français dans le monde a lancé, en 2014, son réseau social LGBT interne baptisé «Pride». Le directeur Europe de la diversité de l’entreprise, Jean-Michel Monnot, a créé début 2015, le concept «d’hétérallié», une campagne a été mise en place afin de faire avancer la diversité LGBT au sein de l’entreprise. Pour lui, les collaborateurs et collaboratrices LGBT de Sodexo doivent se sentir respectés pour ce qu’ils sont.

«Avec la signature de la Charte, on est passé d’un sujet diversité à un véritable sujet d’entreprise. Ce n’est plus juste un sujet bien pensant ou une affaire de ressources humaines, le directeur général France Marc Plumart s’est engagé, cela envoie un message clair aux collaborateurs et collaboratrices LGBT. L’homophobie n’a pas sa place chez Sodexo.»

L’entreprise Axa semble également avoir fait du chemin.  Alors que le PDG du groupe Henri de Castries avait publiquement affirmé être contre le mariage pour tous, le groupe Axa expliquait en janvier 2015 s’engager pour la promotion d’une culture inclusive pour les collaborateurs LGBT. En effet, le groupe spécialisé dans les assurances a annoncé être le principal sponsor d’une étude faite par la société Out Now qui révèle notamment que les personnes LGBT partiellement ou totalement dans le placard quittent plus volontiers leur entreprise que les personnes ouvertement «out» auprès de tous leurs collègues. L’entreprise a signé la Charte au nom de dix de ses filiales.

L’association L’Autre Cercle explique dans son communiqué que «plus de deux-tiers des homosexuel.le.s ne sont pas visibles par crainte de représailles. (…) Les comportements homophobes, lesbophobes et transphobes ne sont pas sanctionnés, les employeurs se retranchent trop souvent derrière la vie privée pour ne pas aborder ce critère de discrimination». Selon l’enquête sur la lesbophobie publiée par l’association SOS homophobie début mars 2015, 63% des actes de lesbophobie au travail proviennent d’un collègue et 36% d’un supérieur hiérarchique. Les conséquences? La carrière s’en ressent, près de 30% des répondantes disent ne plus assumer aussi facilement leur homosexualité dans le milieu professionnel, et seules 18% des répondantes abordent leur orientation sexuelle avec leurs collègues de bureau.

«LIBÉRER LA PAROLE AU SENS POLITIQUE DU TERME»
Interviewée par Yagg, Catherine Tripon, porte parole de L’Autre Cercle, explique que la signature d’une telle charte permet «de libérer la parole au sens politique du terme au sein de l’entreprise. La Charte permet aux salariés ou à l’agent concerné de passer au dessus de la hiérarchie et d’aller directement s’adresser aux ressources humaines lorsqu’il y a conflit».

À la question sur l’évaluation des effets de la Charte, Catherine Tripon répond que L’Autre Cercle souhaite réunir les diverses entreprises signataires afin de faire un point sur les actions menées. «Il s’agit de mesurer, deux ans ou un an après la signature de la Charte, les effets de la signature sur la vie de l’entreprise. Certaines entreprises ont par exemple créé un guide destiné aux managers pour savoir comment gérer les conflits, d’autres disent avoir reçu des emails très positifs de salarié.e.s hétérosexuel.le.s une fois la Charte signée». Les premières signatures de la Charte datent de janvier 2013.