Début mars, la Russie a annoncé vouloir le retrait d’un décret permettant l’extension des avantages sociaux aux conjoint.e.s des salarié.e.s LGBT des Nations Unies. Cette mesure avait été mise en place en juin 2014 par le secrétaire général Ban Ki-moon pour mettre fin à une discrimination interne entre les couples hétérosexuels et les couples de même sexe. Un vote s’est tenu hier, mardi 24 mars, à la Cinquième Commission de l’Assemblée de l’Onu (chargée de voter les budgets financiers et administratifs), durant lequel les États membres ont été amenés à se prononcer pour ou contre la levée du décret. À 83 voix contre 40 et 37 abstentions, la proposition russe a finalement été rejetée. Ce sont principalement des pays d’Afrique (la Mauritanie, l’Égypte, le Nigeria) et du Moyen-Orient (le Liban, le Koweït, les Émirats Arabes Unis) disposant de législations qui criminalisent les personnes LGBT, qui se sont rangés du côté de la Russie.

UNE PROPOSITION POUR ÉBRANLER L’AUTORITÉ DE BAN KI-MOON?
«Nous devons parler ouvertement de ce que la Russie a essayé de faire aujourd’hui: diminuer l’autorité du Secrétaire général de l’Onu et exporter à l’Onu son hostilité nationale envers les droits des LGBT, a déclaré l’ambassadrice des États-Unis Samantha Power à l’issue du vote. Cette proposition si elle était passée aurait causé une forte incertitude sur les futures décisions administratives du secrétaire général et une peine inutile pour les employé.e.s, auxquel.le.s nous devons non pas porter atteinte à la dignité, mais plutôt présenter nos remerciements.» Une accusation récusée par l’ambassadeur de Russie, Petr V. Iliichev, qui a assuré en amont du vote vouloir revenir à la manière dont été réglementée cette question avant la décision de Ban Ki-moon, à savoir comme un «exemple de la façon dont les Nations Unies respectent les différences culturelles, le droit souverain de chaque état à déterminer ses normes». De nombreux/euses ambassadeurs/drices opposé.e.s à la proposition ont de leur côté souligné à plusieurs reprises que le décret du secrétaire général n’allait avoir aucun impact sur les lois nationales des États.

UN VOTE «DÉLOYAL» ET «LÂCHE»
La directrice de l’International Gay and Lesbian Human Rights Commission (IGLHRC), Jessica Stern, n’a pas manqué de condamner vertement la tenue du vote d’hier: «Le vote a eu lieu sans aucune justification et s’est basé sur l’argument spécieux selon lequel le secrétaire général a outrepassé son autorité, a-t-elle indiqué dans un communiqué de presse. Il n’a rien fait de tel. En outre, le vote a offert un nouveau rebondissement sur le genre de stigmatisation homophobe que l’on voit globalement. C’était un effort déloyal pour mettre à mal la dignité des employé.e.s LGBT de l’Onu, tout en égratignant l’autorité du secrétaire général. Ceux qui sont aux côtés de la Russie devraient avoir honte d’un vote aussi lâche.»