Un défilé de manifestant.e.s composé de fascistes, de fondamentalistes chrétien.ne.s et de divers groupes de droite populaire regroupés sous le nom de «Die Demo für alle» («la Manif pour tous») a eu lieu le 21 mars 2015 à Stuttgart dans le Bade-Wurtemberg, en Allemagne. Les slogans reprennent ceux de la «Manif pour tous» française, on pouvait notamment lire sur les pancartes: «Stop à l’idéologie du genre et à la sexualisation de nos enfants!», ou encore «stop à l’endoctrinement!». Selon le Stuttgarter Nachrichten, les manifestant.e.s mettent en cause le gouvernement régional du Bade-Wurtemberg qui souhaite intégrer dans les programmes scolaires un apprentissage de la diversité des orientations sexuelles mais également l’élargissement des droits LGBTQ.

Près de 1000 personnes ont participé à la manifestation de la «Demo für alle» selon la police locale (contre 2400 selon «Demo für alle»). Une contre-manifestation a également eu lieu le même jour, qui a rassemblé entre 500 et 600 personnes. Selon le Beobachter News, les contre-manifestant.e.s ont utilisé des sifflets, des vuvuzelas et des confettis et ont scandé des slogans anti-homophobie en opposition aux participants de la «Demo für alle». Il aura fallu dépêcher 700 CRS pour contenir les deux manifestations et éviter tout débordement.

«ÇA A ÉTÉ UN CHOC»
«C’est la sixième manifestation de ce genre à Stuttgart», précise à Yagg Norbert Blech, journaliste à Queer.de. «Cela a commencé il y a un peu plus d’un an, lorsque le gouvernement du Bade-Wurtemberg a lancé les projets de reforme à l’école, avec une pétition en ligne qui a recueilli près de 200000 signatures. Puis ont eu lieu les deux premières manifestations en février et mars 2014», explique Norbert Blech. C’est par l’intermédiaire de l’eurodéputée Beatrix von Storch encartée au parti euro-sceptique Alternative pour l’Allemagne que le mouvement «Demo für alle» s’est créé.

Le Land de Bade-Wurtemberg est historiquement conservateur, dirigé jusqu’en 2011 par l’Union démocrate chrétienne (CDU) – le parti de la chancelière allemande Angela Merkel –. Certain.e.s politiques libéraux/ales ou chrétien.ne.s démocrates ont participé aux premières manifestations à Stuttgart, il y a un an. « Tout est arrivé très vite», lance Norbert Blech. D’autres manifestations ont eu lieu à Hanovre et à Kiel rassemblant à chaque fois plusieurs milliers de personnes. «Des manifestations de “Demo für alle” sont à prévoir pour l’année 2015 en Allemagne», s’inquiète Norbert Blech.

Un autre collectif, inspiré, lui, du «Printemps Français», a vu le jour, celui des «Parents inquiets» («Besorgte Eltern»), qui «manifestent dans toutes les villes où ils peuvent manifester», ajoute Norbert Blech. Leur cheval de bataille n’est pas forcément l’homosexualité mais tout ce qui a trait à l’éducation sexuelle.

ÉLARGISSEMENT DES DROITS LGBTQ DANS LE BADE-WURTEMBERG
Le land du Bade-Wurtemberg travaille depuis plusieurs mois à la réforme scolaire qui devrait être mise en application à partir du 1er janvier 2016 et dont l’un des buts serait «d’apprendre aux élèves la diversité sexuelle, ethnique, religieuse et culturelle». Focus rapporte que «Demo für alle» est contre la mise en application de cette réforme au motif qu’elle «sexualiserait» les cours, que la «sphère intime doit rester de la compétence des parents».

«Nous ne sommes pas seulement contre la réforme scolaire qui veut rendre la thématique homosexuelle plus présente à l’école, nous sommes également contre le nouveau plan d’action qui a la même origine», explique Alexander Tschugguel, un des membres chargé de l’organisation de «Demo für alle» au quotidien Stuttgarter Nachrichten. Il met en cause le plan d’action, c’est-à-dire un texte issu de la coalition vert-rouge, qui dirige le Land depuis 2011, dans lequel 200 points seraient discutés afin de permettre l’élargissement des droits accordés aux personnes LGBTQ.

Parmi les manifestant.e.s du 21 mars, des membres de partis affiliés à la CDU étaient présent.e.s. C’est notamment le cas de Josef Dichgans, président des Démocrates chrétiens pour la vie:

«Maintenant, on sait: le plan de réforme scolaire n’est qu’un début! Avec le nouveau plan d’action le projet du gouvernement dérive vers l’abolition du sens naturel de la sexualité!»

«LA MANIF POUR TOUS» À L’INTERNATIONAL
«La Manif pour tous», un produit qui s’exporte? Il semblerait que les adversaires des droits LGBT s’organisent pour créer un véritable réseau international. En mars 2013, la National Organization for Marriage (NOM), un mouvement qui lutte contre l’égalité des droits aux États-Unis, avait défilé dans les rues de Washington rassemblant près de 10000 personnes. C’est en participant au cortège parisien de la «Manif pour tous» que le président de la NOM, Brian Brown, avait décidé d’importer le concept aux États-Unis.

Selon Louis Montané de La Rocque, coordinateur du pôle international de la «Manif pour tous» interviewé par Le Point en janvier 2014, «la “Manif pour tous” a eu un retentissement énorme à l’international» et c’est «un vaste mouvement de défense de la famille à travers toute l’Europe, voire au-delà » qui est en train de se tisser.

À Stuttgart, certains membres de la «Manif pour tous» ont défilé aux côtés des Allemand.e.s. C’est notamment le cas de Guillaume Got, le coordinateur de la «Manif pour tous» en Allemagne, qui a pris part à la manifestation de juin 2014, ou de Ludovine de la Rochère, présidente de la «Manif pour tous», le 21 mars dernier.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Ludovine de la Rochère – Demo für Alle – Stuttgart, 21.03.2015

L’Allemagne n’est pas le seul pays où l’on retrouve un mouvement similaire à celui de la «Manif pour tous». Le mouvement s’est exporté en Italie sous le nom de «La Manif pour tous Italia». Selon le blog Égalité des droits, le mouvement italien «s’oppose à l’instauration d’une loi destinée à sanctionner les propos et actes homophobes. Les manifestants affirment défendre la liberté d’expression contre les prétendus dérives totalitaires d’un imaginaire  “lobby gay”.»

Il y a deux ans un «collectif citoyen» a aussi vu le jour en Croatie, U ime obitelji, qui signifie «Au nom de la famille». Ce collectif a notamment «entrepris une collecte de signatures pour obtenir que le mariage soit défini dans la Constitution comme une «union pour la vie entre un homme et une femme», selon La Croix. Cela a abouti sur un rejet par referendum du mariage pour tous les couples en Croatie en 2013.