Le suicide de son père en 1992 a très profondément marqué Kenita Placide. Pendant longtemps elle s’est sentie dépressive, suicidaire. Par chance, lors d’une réunion en 2006, elle a représenté United & Strong, une organisation non gouvernementale de lutte contre le sida, dont l’objet s’est ensuite élargi aux droits humains, en particulier aux droits des personnes LGBT, et y a fait une rencontre qui a changé sa vie: grâce aux encouragement du Dr Robert Carr, activiste des droits humains et de la lutte contre le sida, elle a compris alors qu’elle pouvait être une voix pour la communauté LGBT de l’île de Sainte-Lucie, dans les Caraïbes, où l’homosexualité masculine est toujours illégale. Ses sœurs ont alors eu peur pour elle, avec raison raconte-t-elle. «Parce qu’en 2005, 2006, 2007, des personnes que je considère comme de ma famille ont été assassinées sauvagement, dans ce pays, Sainte-Lucie. À cause de la manière dont l’enquête a été menée, nous n’avons jamais eu le sentiment que justice avait été rendue», lance-t-elle d’une voix grave.

Son histoire, Kenita Placide l’a racontée en décembre 2014 lors du Quorum: Global LGBT Voices organisé par le site d’information américain The Daily Beast et sponsorisé par l’association GLAAD (Gay and Lesbian Alliance Against Defamation). Plusieurs vidéos des interventions ont récemment été publiées, dont celle de Kenita Placide.

LA VOIX DE UNITED & STRONG
L’activiste continue de représenter l’organisation, elle devient même la représentante de l’ONG au sein d’une commission de réforme de la Constitution de Sainte-Lucie:

«En 2009, on a décidé d’être présent.e.s à la commission de réforme de la constitution [de Sainte-Lucie]. Devinez quoi, la personne qui représente United & Strong au sein de la commission n’est autre que Kenita Placide, qui devient la voix et le visage de la communauté LGBT à Sainte-Lucie.»

United & Strong s’est alors développée et des bureaux ont été construits. Mais un incendie a tout détruit. «Je ne pouvais pas comprendre comment tout ce qu’on avait construit avait pu partir en moins d’une heure. (…) Cela n’a pas arrêté United & Strong, cela ne m’a pas arrêtée», martèle-t-elle. L’ONG a alors fait appel à Dignity For All, un consortium d’ONG de droits humains, qui lui a donné les fonds suffisants pour reconstruire un local.

Alors qu’elle a été victime de menaces et que les locaux de United & Strong ont été vandalisés une semaine avant la conférence, puis cambriolés quelques jours plus tard, Kenita Placide continuera «d’être une voix» pour la «famille qu’elle a construite». «Il est nécessaire de continuer d’éduquer et de sensibiliser le grand public», insiste-t-elle. Elle appelle chacun.e à apporter son soutien à «une personne dont vous savez qu’elle est homo, une personne handicapée, une personne qui est différente. Parce que même si vous n’avez pas de liens de sang, vous faites peut-être partie de la même famille et vos paroles d’encouragement peuvent suffire à sauver la vie de quelqu’un.»

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Voir aussi les récits d’autres activistes LGBT – Nisha Ayub (Malaysie), Maurice Tomlinson (Jamaïque), John Avlon, Sarah Kate Ellis, J. Bob Alotta et Rev. Joseph Tolton, Jabu Pereira (Afrique du Sud), Anastasia Smirnova (Russie), Meena Seshu (Inde), Andre Banks, Xiaogang Wei et Suzan:

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