France, Société | 20.03.2015 - 10 h 58 | 14 COMMENTAIRES
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Ados trans’: La SoFECT tente de se racheter une vertu

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La conférence sur les ados trans' présentée par la Société française d'études et de prise en charge du transsexualisme (SoFECT) le 16 mars dernier montre-t-elle une réelle évolution, ou est-ce juste un discours de façade?
SoFECT

Dans le cadre des Semaines d'information sur la santé mentale (SISM), qui se tiennent dans toute la France du 16 au 29 mars et dont le thème cette année est «Être adolescent aujourd'hui», la Société française d'études et de prise en charge du transsexualisme (SoFECT) organisait lundi 16 mars en partenariat avec le centre hospitalier Sainte-Anne une conférence-débat sur le «transsexualisme» intitulée «Genre, identité sexuelle et santé mentale à l'adolescence». Composée d'une équipe pluridisciplinaire réunie autour du Dr Thierry Gallarda, psychiatre à Sainte-Anne, la SoFECT a présenté son expérience clinique tout en proposant un «parcours de soins qui s'étend de l'accueil de la souffrance liée au genre, à l'accompagnement psychothérapeutique – dans le contexte singulier de l'adolescence propice aux réaménagements psychiques – jusqu'à l'exploration des différentes modalités thérapeutiques en France et à l'étranger».

La SoFECT, implantée dans les hôpitaux de 6 villes françaises (Nice, Montpellier, Bordeaux, Lyon, Marseille et Paris), prend en charge 20% des personnes trans', selon le psychologue clinicien Tom Reucher, et est très loin de faire l'unanimité au sein de la communauté trans'. Nombreuses sont les associations à dénoncer ces «expert.e.s autoproclamé.e.s», renforcé.e.s dans leur monopole par le fait que le passage par la SoFECT permet de bénéficier d'un remboursement total des soins hormonaux ou chirurgicaux. Parmi les revendications récurrentes des personnes trans', la dépsychiatrisation du parcours, à l'opposé de ce que prône la SoFECT.

UN DISCOURS ENTRE «ACCOMPAGNEMENT» ET «SOUFFRANCE»
Lors de l'ouverture de la conférence, le Dr Gallarda part d'un constat: il n'y a pas assez de littérature médicale sur les personnes transgenres en France. Un des objectifs de la conférence est de pallier ce problème. La SoFECT parle «d'incongruité marquée entre le genre vécu/aspiré et le genre d'assignation» pour définir la «dysphorie de genre», estime le contexte sociétal actuel «favorable», invoquant l'accès démultiplié à l'information par l'intermédiaire des réseaux sociaux, des médias ou des blogs. De nombreux témoignages sont cités afin de montrer «l'hétérogénéité clinique et la grande diversité de profils».

Les termes «accompagnement» et «souffrance» sont employés de façon récurrente: il s'agit notamment «d'accompagner le patient avec la famille» dans le but de «diminuer la souffrance». Pour la SoFECT, le «sentiment de souffrance» est explicite chez «toutes les personnes» que ses médecins reçoivent. L'association utilise également toujours le terme «transsexualisme» et adopte un discours stéréotypé lorsqu'il s'agit d'analyser les codes vestimentaires des «patient.e.s».

conference sofect

«ILS ONT COMPRIS QU'ILS ÉTAIENT SURVEILLÉS»
Pour Chloé Avrillon, membre de l'association FièrEs, venue assister à cette conférence à titre personnel, si les praticien.ne.s étaient relativement respectueux/ses des personnes trans', «il y a des progrès à faire d'un point de vue terminologique. On doit respecter le genre de la personne quand on parle d'elle. Le corps médical ne doit pas s'adresser aux personnes trans' en tant que “bouts de viande physiques” mais en tant qu'esprits», résume-t-elle. Mais d'une manière générale la SoFECT lui apparaît plus humaniste et moins pathologisante.

Amandine Miguel, porte-parole de l'Inter-LGBT également présente à titre personnel, est plus partagée. Les intervenant.e.s ont fait, selon elle, «énormément attention à leurs propos, très certainement par peur qu'une personne militante (ou non) les interpelle». Elle remarque également que le discours de psychiatrisation est toujours très présent. La transsexualité est pourtant déclassifiée de la liste des maladies mentales depuis 2010. «Ce qui est sûr c'est qu'ils [la SoFECT] ont compris qu'ils étaient surveillés, que nous étions vigilant.e.s au point d'être présent.e.s dans la salle. Nous ne voulons plus nous laisser abuser par les autorités de santé», affirme-t-elle.

«Il faut justement placer la personne trans' au coeur de son parcours, de son engagement, de son choix. Elle doit décider elle-même si elle veut avoir recours à un suivi psychiatrique, ou pas. Son choix doit être respecté.»

«Oui il y a une évolution dans le discours, mais on s'interroge. Est-ce un discours de façade ou ont-ils une réelle volonté d'évoluer, d'être plus à l'écoute de la société et des personnes concernées?».

LE «BOUCLIER THÉRAPEUTIQUE»
Pour la sociologue Karine Espineira, co-auteure de la première étude sur la transphobie en France (lire Plus de 96% des victimes de transphobie ne portent pas plainte, selon une enquête), sollicitée par Yagg, le discours de façade ne fait pas de doute et se justifie par l'attachement de la SoFECT à ce qu'elle appelle le «bouclier thérapeutique». Dans le livre La Transyclopédie, qu'elle a co-écrit avec Maud-Yeuse Thomas et Arnaud Alessandrin, l'expression désigne la politique de la prise en charge des personnes trans', une sorte de communiqué de «politique générale» diffusé par l'institution médicale. La formule fait référence au «bouclier fiscal» afin de montrer l'ambivalence et l'ambiguïté du discours tenu par la SoFECT.

Selon Karine Espineira, le but du bouclier thérapeutique brandi par la SoFECT est double. L'association adopte un discours plus progressiste, de dépsychiatrisation et de dépathologisation. Mais en parallèle, elle se vante de «soigner des gens» et invoque «une souffrance presque généralisée». On constate alors une forme de «catastrophisme permanent qui légitime la prise en charge des personnes trans'», explique Karine Espineira avant de poursuivre: «c'est un outil conceptuel très ambigu, un outil qui protège le corps médical. Comme les médecins disent “faire du soin”, il est difficile pour les politiques et les militant.e.s d'objecter quelque chose.»

Photo Marion Chatelin

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LES réactions (14)
  • Par Caphi 20 Mar 2015 - 11 H 31
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    Merci pour cet article.

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  • Par Phil86 20 Mar 2015 - 11 H 40
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    La psychiatrie aime exercer un contrôle total sur ses « patients » et ne supporte pas que ces derniers lui échappent.

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    • Par Th C 20 Mar 2015 - 12 H 26
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      Pour être du milieu, je peux malheureusement confirmer que c’est exact.
      Les psychiatres (comme beaucoup de médecins) ont tendance à croire tout connaître, et ne cherchent pas plus loin que le bout de leurs nez en matière de prise en charge.

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    • Par Phil86 20 Mar 2015 - 17 H 30
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      La transidentité n’a pas plus à voir avec la psychiatrie que l’homosexualité mais visiblement beaucoup de psychiatres, en tout cas ceux de la SoFECT, ne l’ont pas encore compris.

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  • Par sand 20 Mar 2015 - 12 H 04
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    Merci pour cet article.
    A sa lecture , j’ai le sentiment que la SoFECT a du chemin à faire dans sa prise en charge des personnes trans…..Doit vraiment évoluer !
    Ils me font un peu peur tous ces médecins qui travaillent au sein du SoFECT .
    TROP dans le psychiatrique et le pathologique. On se croirait au Moyen-Age.

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  • Par emma 20 Mar 2015 - 14 H 04
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    Surtout, la SoFECT se rend compte que les grandEs se mettent à penser d’elleux mêmes, alors pour essayer de garder la main mise sur son temple du genre, ils s’attaquent aux enfants, qu’ils estiment sans doute moins susceptibles de se révolter et plus faciles à endoctriner avec leur discours pathologisant…

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  • Par helene 20 Mar 2015 - 15 H 18
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    après 30 ans de pandémie ils découvrent que les trans ont été touchés par le sida, comme ils découvrent que l’opération n’est pas forcément obligatoire. Le but c’est de garder la main , une sorte de défense de l’emploi.

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  • Par Carmelle34 20 Mar 2015 - 16 H 41
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    Je suis surprise qu’ils félicitent les sites personnels et les réseaux sociaux trans, d’habitude ils leurs crachent dessus.

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  • Par ludoudou 20 Mar 2015 - 19 H 19
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    Je trouve l’article super, informatif, documenté et mesuré dans ses propos !
    Je n’en dirai pas autant de certains commentaires que je trouve navrants et stigmatisants pour la corporation des psychiatres ( dont je ne fais pas partie mais que je connais bien). Pourquoi pas se référer à « Vol au dessus d’un nid de coucous » pendant qu’on y est…
    Mais enfin c’est le jeu…

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  • Par Damia 21 Mar 2015 - 7 H 27
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    C’est marrant quand même, cette volonté de vouloir dépsychiatriser et dépathologiser alors que la SoFECT est un organe aux mains des psychiatres. Ce serait aussi à peu près absurde qu’un fabricant de munitions prônant la non-violence. La vaste blague…
    Quant à la prise en charge d’ados, je trouve ça personnellement très inquiétant. Quand on est trans et ado, c’est une période encore plus douloureuse à vivre, et la SoFECT serait vraiment le dernier endroit où j’irai confier mon enfant si jamais ça venait à se produire… Un coup à en sortir dévasté-e, et la caboche totalement liquéfiée.
    Enfin bref, les prétendues vertus de la SoFECT ne servent qu’à sauver les apparences…

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  • Par Albert59 21 Mar 2015 - 10 H 26
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    La trans-identité est TOUJOURS une maladie mentale, l’effet de buzz de 2010 visait uniquement un changement de catégorie au sein des Affections de Longue Durée.

    Pitié arretez de répandre des erreurs.

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    • Par Damia 21 Mar 2015 - 10 H 39
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      Non, la transidentité dans leur vocabulaire ça n’existe pas. Ils ne reconnaissent que le syndrome du transsexualisme. D’où mon aversion profonde pour ce mot.

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  • Par Phlune 21 Mar 2015 - 11 H 52
    Photo du profil de Phlune

    La SOFECT est un lobby de psys consacré par l’Etat à tenir la population trans’ en laisse.
    Depuis deux ans elle a tenté de construire un diplôme de formation, (compter 1000 à 2000 balles par candidat pour 100 heures de « formation ») pour étendre son réseau dans l’espoir de pouvoir ensuite confiner la « spécialité » à ses seuls amis. (Et donc nous empêcher un peu plus l’accès aux soins réels (hormonaux et chirurgicaux).
    Ça a foiré à chaque fois elle n’a pas trouvé les 20 naîfs sur tout le territoire pour entrer dans cette combine.
    Elle fonctionne exclusivement sur le chantage aux remboursements, et c’est elle qui fait obstruction pour rendre impossibles ou très rares les remboursements à l’étranger.
    Oui, nous pouvons être en souffrance psychique : pour cela il n’y a QU’UN seul critère pour qu’un psy puisse travailler avec nous : il faut et il suffit qu’il ne soit pas transphobe.
    C’est LE critère de compétence, necessaire et suffisant.
    La spécialité de « transsexualisme » est un leurre qui permet à la SOFECT de continuer son inscrustation parasitaire dans le système de soins français.
    Admettre comme présidente honoraire une psychanalyste bornée notoirement transphobe, est le signal le plus tonitruant de ses intentions réelles.
    Ça fait 40 ans qu’on nous bassine à dire que notre souffrance est une maladie incurable acquise dans l’enfance, et on vient de se réveiller en décidant de récupérer les mineurs ? Déjà ??
    Le gros de nos souffrances est dans les freins ou les empêchements à transitionner alors que la médecine le permet objectivement.
    Le centre de cette souffrance existe, c’est la transphobie, sociale, médicale, politique, familiale, et celle-ci est encouragée massivement par la plupart des bouquins de psys qui traitent du « transsexualisme ».
    Dans une hypothétique société accueillante à la transidentité, la transidentité peut exister sans être torturante, elle peut même parfaitement s’avérer joyeuse (ben si, s’accomplir est joyeux, sur le principe).
    Un des soins possibles serait la disparition de la SOFECT et la formation de deux ou trois chirurgiens supplémentaires.
    Ce n’est pas la voie choisie.

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