Lisses, une commune de 6 000 habitants située dans l’Essonne, est le théâtre d’une affaire administrative et judiciaire opposant le maire, Thierry Lafont (divers droite) au propriétaire d’un sauna gay, Les Terrasses. Le maire bloque l’ouverture du sauna et invoque des problèmes de sécurité. Stéphane Mahé, qui exploite le sauna avec son compagnon, soupçonne le maire d’homophobie et conteste en tous points les arguments qu’il avance.

Retour sur les faits. Stéphane Mahé a acheté en 2010 un immeuble de bureaux à Lisses et a déposé le tout premier permis de construire en 2011. Le sauna a finalement ouvert ses portes en décembre dernier. Pourquoi un tel délai? «Le maire s’est acharné sur nous pendant quatre ans», lance Stéphane Mahé, joint par téléphone. Le premier édile met en cause un non respect des normes de sécurité. L’établissement est destiné à recevoir du public, il doit donc respecter les normes en vigueur (comme permettre de limiter les risques d’incendie, d’alerter les occupants de la réalisation d’un sinistre, ou de permettre l’alerte des services de secours). Pendant quatre longues années, le maire a refusé l’ouverture du sauna. «C’est très compliqué à gérer, ce sont des pertes financières énormes», explique Stéphane Mahé.

SAISINE DU CONSEIL D’ÉTAT
Les exploitants ont réalisé d’importants travaux d’aménagement de l’immeuble afin de respecter les normes de sécurité imposées. Mais coup de théâtre, le 1er octobre 2014, lorsque le maire publie un arrêté municipal par lequel il s’oppose à l’ouverture de l’établissement sur sa commune. Les deux exploitants ont alors décidé de saisir en référé le tribunal administratif de Versailles qui suspend l’arrêté municipal.

Le sauna Les Terrasses ouvre donc le 13 décembre 2014. Mais les exploitants ont appris le 25 février 2015 que le maire a saisi le Conseil d’Etat. Pour Rémi Calmon, directeur exécutif du Syndicat national des entreprises gaies (SNEG&Co), «il y a un côté à la fois risible et pathétique de voir qu’une si haute instance dans notre pays puisse trancher une telle question».

DES PROPOS HOMOPHOBES
Selon Stéphane Mahé, le maire aurait tenu des propos homophobes lors d’une visite de la commission de sécurité: «Aucun établissement susceptible de recevoir de la clientèle à orientation homosexuelle ne pourra s’installer sur mon territoire». Interrogé par Le Parisien, le maire nie tout en bloc.

«C’est leur moyen de défense. J’ai des amis homosexuels et je ne m’en cache pas.»

Pour Rémi Calmon, ce genre d’affaire devient de plus en plus rare. «Il y a eu, à une époque, des affaires similaires dans des régions plus rurales avec des mentalités plus conservatrices», explique-t-il, avant de poursuive: «Cela sent d’un autre temps».

«Nous sommes fatigués des procédures administratives et judiciaires, nous payons nous-même notre avocat alors que le maire utilise l’argent du contribuable, notre argent, se désole Stéphane Mahé. Au total la ville de Lisses a payé plus de 15 000 euros, c’est véritablement du gaspillage» . Sollicité par Yagg, Thierry Lafont n’a pas voulu répondre.