C’est l’expo-événement de cette fin d’hiver à Paris. Après avoir été montrée à Londres à la Tate Modern, David Bowie is… débarque jusqu’au 31 mai à la toute nouvelle Philarmonie, au parc de la Villette, à Paris.

Son titre volontairement ouvert donne déjà une première indication du but de cette exposition: montrer toutes les facettes de David Bowie. Parce que l’artiste «est» effectivement plein de choses: auteur, chanteur, multi-instrumentiste, producteur (on lui doit des albums aussi mythiques que Transformers de Lou Reed ou The Idiot d’Iggy Pop), acteur, mime, occasionnellement peintre.

Les premières salles de l’exposition s’attachent à montrer comment David Jones est devenu David Bowie, en retraçant ses premières expériences musicales et en donnant de nombreuses indications du contexte socio-culturel dans lequel il a grandi et évolué. On retrouve ainsi des objets comme le livre L’amant de Lady Chatterley, ou une affiche de 2001, Odyssée de l’espace, qui lui a inspiré son premier succès, Space Oddity.

DÉCLOISONNER LES ARTS ET LES GENRES
On explore ensuite le phénomène Ziggy Stardust, cet alter ego qu’il s’est construit et qui lui a permis d’utiliser pleinement son ADN d’artiste. Il n’est pas seulement un auteur-interprète doué, mais un artiste qui veut décloisonner les arts et accessoirement les genres. On peut voir notamment sa première apparition à l’émission Top of the pops, où il interprète Starman, en Ziggy Stardust. Un témoin cité par l’expo se souvient de s’être interrogé: «Est-ce un homme? Est-ce une femme?».

Sont notamment exposés tout au long de l’exposition les nombreux costumes et nombreuses tenues que Bowie a utilisés sur scène ou dans les clips. Parmi les plus marquants, on retrouve ceux créés par Kansai Yamamoto (période Ziggy Stardust et Aladdin Sane), par Alexander McQueen (période Earthling, ci-dessous) ou encore le célèbre costume turquoise du clip de Life on Mars? et bien d’autres… Bowie est le premier artiste à avoir envisagé la musique comme une expérience autant visuelle que sonore, autant scénique que discographique. À chaque album, clip, tournée correspond un style (voire un personnage comme Ziggy Stardust, Aladdin Sane, le Thin White Duke), une mise en scène précise, le tout coordonné par lui-même. Une décennie après Ziggy Stardust, Madonna adoptera une démarche similaire, dans un genre musical plus mainstream.

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Autres aspects abordés: le processus créatif – certaines paroles de chansons sont écrites avec la technique du «cut-up», qui consiste à découper des phrases puis à coller au hasard des bouts entre eux et voir ce qui en sort; sa relation avec la vidéo; ou son travail de comédien, sur scène ou au cinéma (L’homme qui venait d’ailleurs, Furyo, Basquiat et bien d’autres). Son obsession: rester du côté de ceux qui créent, qui inventent, qui sont à l’avant-garde. Puis s’en inspirer pour le traduire dans ses propres œuvres. Qui inspirent elles-mêmes nombre d’artistes, sans parler des fans.

Si David Bowie is… nous permet bien de mieux nous faire une idée de l’artiste complet qu’est Bowie, reste à se plonger dans ses œuvres, à commencer par son imposante discographie (15 albums studio, 8 live). Les connaisseurs/euses  réécouteront leurs albums préférés avec plaisir; celles et ceux qui sont moins familièr.e.s de sa musique peuvent consulter notre liste (non exhaustive) de ses chansons les plus marquantes. David Bowie n’a pas fini d’être.

Photo Frank W. Ockenfels