affiche atelier fieres plaisirs prevention mars 2015La santé des femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes («FSF») et des trans FtM est le parent pauvre de la mobilisation en matière de prévention et d’information, bien que des volontés associatives et individuelles continuent d’émerger. L’enjeu principal reste une prise de conscience globale sur ce sujet… de la part des institutions comme des premièr.e.s concerné.e.s.

LE CONTEXTE: UN ACCÈS DIFFICILE AUX SOINS
«Pourquoi voulez-vous consulter un.e gynécologue puisque vous êtes lesbienne?» «Êtes-vous sûre que vous êtes lesbienne?» Ces questions, les femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes (FSF), risquent probablement de les affronter si elles consultent un.e gynécologue, révèle l’enquête «Visibilité des lesbiennes et lesbophobie», publiée par SOS homophobie [1]. La majorité des actes lesbophobes commis par le corps médical montre en effet une incompréhension voire un rejet de l’orientation sexuelle de la patiente… pouvant aller jusqu’à un refus de soin.

Les FSF se sentent aussi moins concernées, se font moins dépister et se croient à l’abri. Pourquoi? Parce que lorsque la prévention invisibilise pendant des années toute une population, celle-ci finit par croire qu’elle n’en a, en fait, pas besoin.

Les langues, cependant, se délient petit à petit et les témoignages de FSF confrontées au rejet de la part de leur gynécologue se multiplient [2]. De leur côté, les intervenant.e.s de santé continuent de prôner, à raison, la nécessité de consulter. Alors parfois, ça coince… Pour pallier le manque d’information et le rejet vécu par les FSF et les trans FtM, des initiatives telles que Gyn&co [3] ont vu le jour, pour nous guider vers les professionnel.le.s les plus respectueux/ses. Mais est-ce suffisant? Non, bien évidemment. Le nerf de la guerre sera la formation suivie et répétée de tous les personnels soignants – mais cela ne se fera pas sans une réelle volonté de la part du ministère de la Santé.

DES PRÉJUGÉS SEXISTES QUI FREINENT L’ACCÈS AUX SOINS
La quasi absence de formation du corps médical à l’accueil des sexualités et des identités de genre dans toute leur diversité souligne la cishétéronormativité de toute la profession. La santé des femmes importe surtout quand elle est liée aux questions de procréation. Le suivi gynécologique des FSF et, encore plus, des FtM reste encore minime. Ce suivi, nécessaire pour tou.te.s, est présenté comme réservé aux femmes cis, et lié uniquement à la contraception ou au désir de grossesse. Même en cas de PMA, l’accueil réservé à ce projet pose un problème majeur.

Par ailleurs, l’accès à la gynécologie, mais aussi aux dépistages (VIH, HPV, syphilis, etc.) est encore trop souvent présenté comme nécessaire uniquement après un rapport sexuel incluant un coït (par extension pénis/vagin), ce qui exclut de fait toutes celles et ceux dont les pratiques n’entrent pas dans ce schéma.

La négation de la sexualité FSF comme une «vraie» sexualité a des conséquences dramatiques en terme de santé. Quant aux FtM, ils n’existent tout simplement pas.

Ni dans les discours de santé, ni dans aucun discours. En excluant et ignorant ainsi toute une partie de la population, le corps médical ne fait que renforcer les oppressions sociales et met aussi en danger la vie des patient.e.s.

… MALGRÉ DES BESOINS SPÉCIFIQUES
Les femmes qui déclarent des pratiques homosexuelles n’apparaissent pas dans le discours préventif. Elles ont pourtant un nombre plus important de partenaires et une prévalence plus élevée d’IST que les femmes qui n’ont eu que des partenaires masculins [4]. La proportion de transmission de HPV chez les lesbiennes oscille entre 30% et 13% selon les enquêtes [5].

Dans l’enquête INSERM 2010, le taux de dépistage du VIH est important dans la population trans’: 82,5% des MtF et 63,6% des FtM ont déclaré avoir fait le test au moins une fois dans leur vie et 32,3% des FtM et 39,2% des MtF déclarent en avoir fait un au cours des douze derniers mois. Par contre, des chiffres sur la transphobie dans le milieu médical et surtout psy sont difficiles à trouver.

Les trans’ restent inféodé.e.s, dans leurs parcours, aux décisions médicales, souvent guidées par des préjugés psychiatriques d’un autre âge. Plus que toute autre population, les trans’ et les intersexes subissent de plein fouet les violences de la part du corps médical: l’obligation de suivi psychiatrique et de se conformer aux attentes des psys pouvant décider de leur sort, les stérilisations forcées, les mutilations sexuelles sur les enfants intersexes, pour ne citer que quelques exemples d’oppressions.

L’ENGAGEMENT ASSOCIATIF
Si la volonté politique (et donc, les subventions) reste inexistante, l’engagement associatif sur ce sujet est plutôt faible en France.

Des offres et campagnes spécifiques pour les trans’ sont menées par OUTrans, Chrysalide, Espace Santé trans, Collectif santé trans (CST+), mais peinent sans nul doute à obtenir les moyens alloués aux associations dont le public est plutôt cis-gay.

Les associations lesbiennes ou FSF s’intéressent mollement à la situation, à part de trop rares exceptions.

Les associations LGBT et/ou de santé connaissent trop peu le sujet mais commencent à l’investir ou à encourager financièrement des initiatives. Le Centre LGBT-IdF par exemple lance ce mois-ci, avec d’autres organismes, un vaste chantier pour créer un «réseau de santé LGBT»; à nous d’être vigilant.e.s pour que la place des FSF et des FtM ne soit pas oubliée. Des brochures d’information (telles que Tomber la culotte) voient le jour et rencontrent le succès (comme quoi, il y a bien un besoin!).

Nos ateliers «Plaisirs et prévention» rencontrent un certain engouement mais aussi des interrogations, au sein même de nos communautés: pourquoi faire de la prévention sexuelle en direction d’un groupe à l’abri des IST? Pourquoi parler de digues dentaires, de gants, et appeler cela «Plaisirs»? Et notre préférée: pourquoi des hommes cisgenres ne serait-ils pas conviés [6]? Pour répondre une nouvelle fois à ces questions, FièrEs tient son prochain atelier «Plaisirs & prévention» ce dimanche 22 mars à 16h30 au Bar’Ouf. Par ses pratiques cishéteronormatives, la médecine perpétue le contrôle des corps, des identités et des sexualités; il est temps de se réapproprier les savoirs et de partager nos connaissances et expériences.

Les dépistages, les suivis gynécologiques, les pratiques «safe» restent encore du domaine de la science-fiction pour nombre d’entre nous. Pour changer nos pratiques, développer nos moyens financiers, professionnaliser nos réseaux et nos interventions, ce sont les mentalités qu’il faudra aussi faire évoluer!

1. http://www.sos-homophobie.org/edito/enquete-sur-la-visibilite-des-lesbiennes-et-la-lesbophobie
2. Voir les témoignages: http://yagg.com/2014/11/11/temoignages-ces-choses-qui-coincent-quand-des-lesbiennes-voient-un-e-gynecologue/
3. https://gynandco.wordpress.com
4. 12% vs. 3% rapportent une IST dans les 5 dernières années (CSF, 2008).
5. Source globale: C. Genon, C. Chartrain, C. Delebarre, «Santé lesbienne: un état des lieux», in Santé gaie, dir. O. Jablonsky, J-Y. Le Talec, G. Sidéris, ed. L’Harmattan, Paris, 2010.
6. La raison principale de la non-mixité (sans homme cis) de ces ateliers étant que les participant.e.s ont besoin d’un espace d’écoute et de parole totalement libre, ou ielles se sentent en sécurité pour s’exprimer.

Atelier «Plaisirs et prévention», dimanche 22 mars à 16h30, au Bar’Ouf (182, rue Saint-Martin, 75003 Paris). Inscription gratuite: contact.fieres@gmail.com