Le tribunal d’instance de Tiergarten à Berlin a condamné le 12 mars dernier trois hommes pour l’enlèvement de Nasser, un jeune homosexuel germano-libanais aujourd’hui âgé de 18 ans. Le jeune homme avait porté plainte contre son père et deux de ses oncles pour atteinte à sa liberté, tentative d’enlèvement et contrainte à un mariage hétérosexuel. Chacun a écopé d’une amende de 1350 euros.

Victime de harcèlement et de violences physiques infligées par des membres de sa famille après que des rumeurs sur son orientation sexuelle sont arrivées aux oreilles de ses parents, Nasser a plusieurs fois fui son domicile. Il a trouvé refuge auprès de l’Office de la protection de la jeunesse à Berlin. Sa mère et ses sœurs l’appelaient pour lui dire combien Nasser leur manquait, ce qui finissait par le faire revenir. «J’étais littéralement enfermé à la maison par ma mère, j’étais tellement naïf», explique Nasser au journal allemand Frankfurter Allgemeine.

MARIAGE FORCÉ 
En décembre 2012, son père et deux de ses oncles ont décidé de le rapatrier de force au Liban, leur pays d’origine, pour lui faire conclure un mariage arrangé avec une jeune femme. Ils l’ont vraisemblablement piégé lors d’une entrevue dans un café, en incorporant une substance dans ce que buvait le jeune homme. Lorsque Nasser est revenu à lui, il se trouvait dans une voiture avec son père et deux de ses oncles. L’office de la protection de la jeunesse, après avoir constaté la disparition subite de Nasser, a décidé d’alerter les autorités allemandes. Les trois hommes ont été arrêtés à la frontière séparant la Bulgarie de la Roumanie.

Si les mariages forcés concernent essentiellement des jeunes filles, le cas de Nasser n’est néanmoins pas isolé: selon une enquête du groupe de travail contre les mariages forcés de l’association Terre des femmes citée par Der Tagesspiegel, sur les 460 cas de mariages forcés dénombrés en 2013, 29 ciblaient des hommes.

Nasser a organisé, le jour de la date anniversaire de son coming-out, une manifestation contre l’homophobie à Neukölln, un quartier de la capitale allemande. «Je voulais marcher dans les rues où j’ai été victime de mauvais traitements», a-t-il expliqué. Il a aperçu son père sur le trottoir, mais celui-ci n’a pas daigné lui parler. La famille de Nasser a lancé une procédure afin de contester les amendes.

Via Courrier International.