Alors que l’Argentine fait déjà figure de pays pionnier dans la défense des droits des personnes trans’ et la reconnaissance de leur identité, une nouvelle décision de justice datant du 27 février vient de condamner le gouvernement de Buenos Aires à payer des dommages et intérêts à une femme trans’ de 61 ans en réparation aux atteintes à sa dignité et à ses droits constitutionnels. Le juge Victor Trionfetti a décidé que la capitale argentine devrait lui verser une subvention mensuelle de 4716 pesos (soit environ 500 euros), puisque l’État a échoué à lui garantir des conditions de vie décente et conforme au reste de la société: «La demandeuse a subi et subit une discrimination existentielle. Les outrages et la stigmatisation subis étaient multiples, continus, et ont étouffé son être pour toujours.»

UN PREMIER PAS VERS DES POLITIQUES LOCALES EN DIRECTION DES PERSONNES TRANS’?
La militante et députée María Rachid a porté dès 2012 une loi à l’Assemblée législative de la capitale afin que les personnes trans’ qui habitent Buenos Aires depuis plus de 40 ans reçoivent une pension d’aide de la part de l’État. «La loi de l’identité de genre a été une énorme percée, estimait-elle en novembre 2014. Mais pour mettre en place l’égalité juridique et l’équité au quotidien, il faut établir des politiques locales.» Flavia Massenzio, la coordinatrice de la Defensoría LGBT, affirme qu’il était temps que les pouvoirs publics réagissent aux difficultés et à la précarité que subit la communauté trans’: «La situation de vulnérabilité absolue, la discrimination et la violence que les personnes trans’ vivent tout au long de leur vie justifient une réparation urgente.» D’après elle, le gouvernement de Buenos Aires a reçu une juste condamnation, qui montre l’échec de l’État à mettre en place des politiques publiques pour défendre les personnes trans’.

DANS LE SENS DE LA DÉMOCRATIE
Pour les associations LGBT qui ont soutenu la plaignante dans ses démarches, il s’agit d’une décision historique: «Cela va préparer la voie pour continuer à travailler, se réjouit Marcela Romero, présidente de l’Asociación de Travestis, Transexuales y Transgénero (Attta), et pour qu’il y ait une loi dans laquelle toutes les personnes trans’ d’âge mûr puissent recevoir une subvention pour avoir vécu la stigmatisation et la discrimination d’un gouvernement durant la dictature militaire, ainsi que les lois et les réglementation qui nous ont criminalisé.e.s après cela. La démocratie est encore redevable envers la population trans’ et doit réparer la violence institutionnelle. Notre réclamation renforce la démocratie.»