On la nomme la Princesse de Comborcière, avec un mélange de respect et d’affection. Mais c’est une princesse qui ne fait pas de chichis, et qui me serre la pince avec chaleur en me tutoyant d’entrée de jeu, à peine un pied posé dans son domaine. Vous êtes ici chez elle, mais son but à elle, c’est de vous y faire sentir comme chez vous. «On va te montrer ta chambre, va poser ta valise, et reviens vite pour manger quelque chose, le cuisinier ferme bientôt la cuisine», me somme-t-elle. C’est vrai qu’on s’en voudrait de rater ça, le restaurant de la Principauté, La Folie Pure, a bonne réputation. Et puis l’altitude, ça creuse.

«Ça lui plait, à la p’tite journaliste?» me lance plus tard la maîtresse des lieux. La p’tite journaliste ne sait pas trop choisir entre ce qui lui plait le plus, la tarte au Beaufort dont elle n’a fait qu’une bouchée, la vue splendide des montagnes enneigées et brillantes sous le soleil qui s’étale sous ses yeux, ou bien la simplicité désarmante avec laquelle il est possible de papoter avec son ou sa voisin.e de table (c’est quelque chose qu’on fait plutôt rarement à Paris). À 1800 mètres d’altitude, au pied des pistes mais éloignée de l’agitation des magasins, des restaurants et des hordes de skieurs/euses qui se pressent dans les rues de La Toussuire en Savoie, la Principauté de Comborcière, hôtel gay, lesbien et hétéro-friendly accueille depuis bientôt 16 saisons des amoureux et amoureuses des sports d’hiver. L’endroit compte 17 chambres et quatre employé.e.s, dont Florence, qui a dernièrement conduit quelques nouveaux aménagements qui ont plutôt la cote auprès de la clientèle: «J’ai voulu ouvrir l’aspect « bien-être » à la clientèle extérieure de l’hôtel, avec l’installation d’un hammam, du sauna et d’un Storvatt.» Sans oublier la masseuse qui propose ses services aux résident.e.s fourbu.e.s d’avoir dévalé les pistes, et dont l’agenda est déjà bien rempli.

LA «COMBO», UN ENDROIT À PART
De mon côté, dévaler les pistes n’est pas franchement au programme, ma dernière descente à skis date d’avant l’an 2000, et reste un souvenir traumatisant, du fait d’une monitrice pas très douée pour gérer les novices dans mon genre («ET CETTE FOIS-CI, ATTENDS D’ÊTRE EN HAUT POUR LÂCHER LE TIRE-FESSES!»). Autant s’éviter une chute fatalement humiliante. Filons plutôt en compagnie de quelques résidentes crapahuter sur les pentes qui environnent La Toussuire et qui commencent déjà à perdre leur manteau neigeux sous le chaud soleil de mars. L’occasion de discuter avec une bande d’habituées de ce qui les amène à revenir d’année en année dans le même établissement. «Ailleurs, tu te retrouves dans le système vraiment hôtelier, chacun est à sa table, les gens ne se parlent pas. Ici une ambiance de communication s’installe avec beaucoup de facilité», explique Sylviane, une amoureuse de ce coin paradisiaque qui vient depuis plus de 30 ans.

«Flo a un vrai sens de l’humanité, c’est quelqu’un de profondément généreux. Elle essaie toujours de faire plaisir à tout le monde… et ce n’est pas quelque chose de facile!»

Même constat pour Valérie, qui apprécie de «trouver plusieurs atmosphères à Comborcière»: «Tout le monde peut y trouver son compte, les fêtard.e.s, les romantiques admiratifs du paysage, et les fous de ski et de snowboard.»

Ce soir, il y a de la fondue savoyarde. En attendant le dîner, on prend un verre, ou on va mariner dans l’eau à 35° du bain nordique en contemplant les montagnes et les couleurs changeantes du soir. Sur la terrasse, les enceintes diffusent alternativement Maria Callas ou ABBA. Le tableau est grandiose et je regrette de ne pas avoir pris mon maillot de bain pour aller faire trempette dans le bain nordique avec les autres, et de ne pas avoir investi dans une vraie paire de moon boots, car ma vieille paire de Docs Martens n’est pas franchement adaptée au climat. Mon impréparation me désole, mais je ne suis pas une fille de la montagne. Ça fait marrer Florence qui, elle, n’est pas descendue de Comborcière depuis mi-décembre.

RENDRE LE SKI PLUS ACCESSIBLE
Ceux et celles qui se rendent à la Combo, comme ils/elles disent, sont pour une grande partie des habitué.e.s, indéniablement conquis.e.s par l’énergie particulière qui se dégage de cet établissement hors normes:

«Aujourd’hui, on est sur 75% d’hommes et 25% de femmes. Ça va énerver les garçons, concède Florence en plaisantant, mais je pense que nous, les filles, ne sommes pas assez bien payées pour pouvoir nous offrir le ski! Car en dehors du fait que Comborcière ne soit vraiment pas cher, il y a aussi la location du matériel, les forfaits. Le ski n’est pas encore démocratisé, ça c’est sûr.»

C’est justement pour cela que la princesse a l’intention de faire de son hôtel un lieu plus mixte, en créant dans l’année à venir des dortoirs, en plus des chambres plus luxueuses qu’elle prévoit. Toujours dans un esprit de répondre aux envies de l’ensemble de sa clientèle, pour faire du ski pas cher, et attirer une jeunesse qui n’a pas toujours les moyens de s’offrir le séjour.

Ces deux jours passés à la Combo se terminent et il est temps de redescendre vers le plat pays. Dans le bus qui me ramène à Saint Jean de Maurienne, je constate que mes Docs Martens déjà bien usées ne survivront sûrement pas au choc thermique de la neige. Tant pis pour elles, je me console en me disant qu’il est fort possible que je remette les pieds à Comborcière, et cette fois un peu mieux chaussée. Et avec un maillot de bain.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur À la découverte de la Principauté de Comborcière, un hôtel gay et lesbien dans la tradition des refuges de montagne

principaute de comborciere le reportage