Mardi 10 mars, à sept voix contre quatre, et deux abstentions, le Comité de la justice et des droits de l’Homme du Congrès de la République (l’organe législatif du Pérou) a rejeté la proposition sur l’union civile pour les couples de même sexe. Cette mesure était portée par le député ouvertement gay Carlos Bruce qui l’avait déposée en 2013. Dès lors un débat très virulent s’est installé dans la société péruvienne. Malgré sa déception face aux résultats de ce vote, Carlos Bruce s’est montré confiant: «La liberté est le moteur de l’histoire. Aujourd’hui, vous avez vu les membres du Congrès rétrogrades, qui voudraient nier le droit à d’autres, qui se sentent supérieur.e.s et qui considèrent qu’il y a des citoyen.ne.s de seconde classe. On s’en souviendra comme des rétrogrades du Congrès.» À l’extérieur du bâtiment où se tenaient les débats, des militant.e.s LGBT ont manifesté (photo) face à des opposant.e.s à la reconnaissance des couples de même sexe.

Pour contrecarrer une éventuelle reconnaissance des couples d’hommes et de femmes, un rapport préliminaire pour une union solidaire a vu le jour en juin 2014. Mais comme l’explique l’avocat Alberto de Belaunde dans une tribune publié sur le site du journal El Comercio, la mise en place d’une union civile est largement préférable à l’union solidaire, tant sur le plan juridique que sur le plan de la lutte contre les discriminations: «Contrairement à l’union civile, l’union solidaire ne permet pas à un étranger d’acquérir la nationalité péruvienne de son compagnon, et ne permet pas à un.e des partenaires de prendre des décisions médicales non urgentes, si l’autre n’est pas en capacité de le faire. (…) En outre, l’union solidaire pose deux problèmes fondamentaux. Le premier est qu’elle élargit les bénéficiaires potentiel.le.s à n’importe quel couple, quel que soit le lien qui les unit.

«En conséquence, vous vous retrouvez à maintenir dans l’ombre les couples de même sexe, et justement la visibilité est l’un des grands succès de l’union civile, qui aide ces couples à être acceptés par la société comme quelque chose qui existe et qui se développe sans affecter les droits d’autrui.

«Cela contribue à briser les préjugés pour commencer à vivre dans une société plus respectueuse. (…) Le deuxième problème fondamental avec l’union solidaire est qu’il n’y a pas de reconnaissance d’un lien familial entre les personnes en son sein. Dans le cas de l’union civile, en plaçant le couple dans l’union, il est reconnu que c’est une famille.»

La proposition de loi sur l’union civile avait reçu le soutien de plusieurs politiques, dont le ministre de la Justice Fredy Otárola Peñaranda et le ministre de l’Intérieur José Luis Pérez Guadalupe, ainsi que de l’ancienne première Dame Pilar Nores Bodereau et du Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa.

«Le Congrès tourne à nouveau le dos aux droits de plus de trois millions de Péruvien.ne.s, , a regretté le Movimiento Homosexual de Lima (MHOL) sur Facebook, mais nous sommes satisfait.e.s parce que la ligne de démarcation entre celles et ceux qui soutiennent l’égalité et celles et ceux qui s’y opposent est désormais claire , et parce que pendant cette année et demi de campagne pour l’union civile le débat sur l’égalité s’est fait entendre comme jamais auparavant, une égalité que nous allons conquérir sans aucun doute.»