Le monde du rugby vient de faire un pas en avant en faveur des athlètes LGBT et dans la lutte contre les LGBT-phobies avec la signature jeudi 5 mars d’un accord entre le World Rugby (WR, ex-International Rugby Board), l’organisme qui gère le rugby à XV et le rugby à sept, et l’International Gay Rugby (IGR), qui fédère les clubs de rugby LGBT à travers le monde. Aux termes de cet accord, le WR s’engage à lutter contre toute discrimination en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre à l’encontre des joueurs/ses, mais aussi au sein du personnel d’encadrement et parmi les spectateurs/trices.

«PAS L’ENVIRONNEMENT LE PLUS CONFORTABLE QUI SOIT»
Contacté par Yagg, le directeur de l’IGR Jeff Wilson se réjouit de ce rapprochement entre les deux institutions: «Nous aurons ainsi accès aux fédérations nationales, nous pourrons élaborer des contenus qui seront utilisés pour la formation des futur.e.s joueurs/ses, et nous bénéficierons d’un soutien actif pour les événements de l’IGR», récapitule-t-il. D’après lui, c’est la première fois qu’une action d’aussi grande ampleur voit le jour: «On n’avait jamais essayé de changer la culture elle-même», affirme-t-il. Car si des gestes positifs sont constatés dans des clubs locaux ou avec des personnalités du monde du rugby, il reste encore à agir à l’échelle nationale, voire internationale. «L’environnement pour les joueurs/ses pro qui voudraient faire leur coming-out n’est pas le plus confortable qui soit», estime Jeff Wilson.

Le directeur de l’IGR souligne qu’une étude menée en Australie montre que beaucoup de jeunes, potentiel.le.s futur.e.s athlètes, quittent le monde du sport après avoir été la cible d’attaques LGBT-phobes. «Il suffit qu’une personne chargée de l’entraînement soit homophobe pour tout gâcher», déplore Jeff Wilson. Selon lui, les bonnes volontés sont là, mais cela ne suffit pas: «Les gens sont prêts, Nike et Adidas ont indiqué qu’ils soutiendraient les athlètes homos, mais personne ne sort du placard. C’est parce que faire son coming-out met la carrière d’une personne en danger et que pour l’instant, il n’y a aucun bénéfice à en tirer. Ce sont les mentalités qui doivent évoluer pour que les responsables, les entraîneurs/ses, les parents acceptent chacun.e comme il/elle est.»

Pour atteindre cet objectif, Jeff Wilson espère pouvoir compter sur l’action des fédérations nationales. Concernant la France, il apprécie par exemple que le gouvernement et les pouvoirs publics s’engagent pour des manifestations comme les Gay Games, mais il attend un discours plus affirmé de la part de la Fédération française de rugby pour que soient imposées des normes éthiques et une politique en faveur de la diversité. Il faudra plusieurs années pour que ces efforts portent leurs fruits, mais ils ne semblent pas très éloignés de la culture régnant dans le monde du rugby. Pour Bernard Lapasset, le Français à la tête du WR, la signature de cet accord correspond à l’identité «inclusive» du rugby, rapporte un communiqué de son organisation. Lors de la conférence de presse qui a accompagné la signature de l’accord, il a présenté ce sport comme le véhicule de valeurs comme «l’intégrité, la solidarité, le respect» et il a pour ambition de faire du rugby «un jeu pour tou.te.s».