Pochette de l'album «Homage»

Pochette de l’album «Homage»

Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu Jimmy Somerville. Le chanteur britannique est sorti de sa réserve pour assurer la promotion de Homage, son premier album studio depuis Suddenly Last Summer sorti en 2009. Discret mais passionné, il s’est longuement confié à Yagg sur le message de liberté qu’il espère pouvoir transmettre grâce à cet album dans lequel il met le disco à l’honneur. C’est une voix enjouée et élancée que l’on retrouve sur Travesty, un titre que Jimmy Somerville a rendu public il y a quelques mois. Une façon pour lui de retrouver sa jeunesse et le sentiment grisant de liberté qui l’animait lorsqu’il «hurlait» sur les pistes de danse des discothèques.

«FIER»
À 53 ans, Jimmy Somerville a enfin pu réaliser un album dont il est «complètement satisfait du début à la fin». Pour retrouver les sonorités du disco d’antan, il a renoncé à faire lui-même les chœurs et demandé à un groupe composé de «trois jeunes femmes noires» de l’accompagner. D’après le chanteur, elles apportent aux titres une sonorité et un vécu enrichissant et différent du sien. Sur cet album constitué uniquement de compositions originales, Jimmy Somerville met beaucoup de lui-même, quand il parle de son désir d’être avec un homme «freak», capable de le comprendre.

Les années écoulées ont permis au chanteur ouvertement gay de prendre la mesure de sa propre envergure. Avec les Bronski Beat dans les années 80, il a fait partie des premiers groupes à chanter ouvertement l’homosexualité, notamment dans les chansons Why? et Smalltown Boy. «J’étais mal à l’aise avec le pouvoir de cette chanson, confie d’ailleurs Jimmy Somerville, mais maintenant j’en suis fier, car le fait que ce que j’exprime soit en résonance avec ce que d’autres ressentent et les aide, ça me suffit.» Depuis plus de 30 ans, lui-même observe une continuité certaine dans ses productions artistiques: «Mon inspiration, mes émotions, et tout ce que j’exprime, viennent du fait que je suis gay».

COMING-OUT
L’artiste met aussi sa visibilité au service de son engagement. Actif dans la lutte contre le sida, il a notamment été marqué par la mort de son meilleur ami Mark Ashton (le personnage principal du film Pride) à l’âge de 26 ans, comme il l’a raconté à Yagg. Mais de nombreux autres sujets suscitent son indignation: à chaque fois qu’une personne est victime de violences en raison de ce qu’elle est, de son orientation sexuelle, de sa couleur de peau, de son identité de genre, de sa religion, le chanteur se sent personnellement touché. Il s’inquiète d’ailleurs du devenir des personnes LGBT âgées, qui ont vécu leur existence sans se cacher, mais qui deviennent vulnérables les années passant.

Pour Jimmy Somerville, chanter qui il est constitue une façon  de combattre l’homophobie en affirmant son identité. Devenu sans le vouloir «la» voix des gays et des lesbiennes lorsqu’il était au faîte de sa gloire, le chanteur a longtemps milité en faveur du coming-out de toutes les personnes LGBT. Il est moins virulent aujourd’hui et montre plus de «compassion» pour celles et ceux qui n’osent pas franchir le pas. Lui-même reconnaît que cela peut «foutre une vie en l’air» et que les conséquences peuvent être «dévastatrices». Mais il affirme, en connaissance de cause, que l’on peut alors bénéficier d’une «liberté intérieure» qui permet d’aller de l’avant.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Jimmy Somerville: «Tout ce que j’exprime vient du fait que je suis gay»

Jimmy Somerville