Lancée il y a une semaine, la pétition de Fatu Camara en faveur des LGBT de Gambie a déjà recueilli 7000 signatures. Elle qui a autrefois été au service du président Yahya Jammeh est aujourd’hui exilée aux États-Unis et poursuivie par le régime pour trahison. Elle dénonce régulièrement les exactions du chef d’État, un militaire parvenu au pouvoir à la faveur d’un coup d’État en 1994. Dans la pétition relayée par Change.org, Fatu Camara présente les violences et les arrestations arbitraires dont ont fait l’objet plusieurs personnes au prétexte de leur orientation sexuelle. Elle et les signataires demandent à la multinationale Coca-Cola d’user de son influence en Gambie pour protéger les personnes LGBT.

CAUTION EXORBITANTE
Jointe par téléphone, Fatu Camara a expliqué à Yagg que les Junglers, une escouade paramilitaire pilotée par le président, torture et tabasse des personnes en détention, les forçant à lire le Coran et à prier cinq fois par jour. Citée par Buzzfeed, Amnesty International affirme qu’en novembre 2014, cinq hommes et trois femmes ont été arrêté.e.s en raison de leur orientation sexuelle et qu’on les a torturé.e.s pour obtenir d’autres noms. «Ils font une liste, c’est une organisation très bien huilée», a indiqué François Patuel d’Amnesty. À en croire Fatu Camara, les autorités enlèvent à ces détenu.e.s tout espoir de sortir un jour du système carcéral. Une caution de 40000 dollars serait demandée aux prisonnièr.e.s. Mais d’après Fatu Camara, le salaire moyen d’un animateur de télévision est de 80 dollars par mois…

En Gambie, être homosexuel.le est passible de 14 ans de prison, et une loi aggravant cette peine peut être promulguée à tout moment par Yahya Jammeh. En février 2014, celui-ci avait affirmé que les homos devaient être éliminé.e.s au même titre que les moustiques. D’après Fatu Camara, plusieurs personnes LGBT ont fui vers le Sénégal en raison des menaces du président.

En interpellant Coca-Cola, elle espère frapper un grand coup. «C’est une des marques les plus célèbres en Gambie, confie-t-elle à Yagg. Elle a des programmes pour les enfants et des affiches partout.» Mais la marque de boissons a une attitude hésitante sur ce sujet. Elle a déjà mis des pères homos dans une pub aux États-Unis pour le SuperBowl, mais préfère dans certains pays mettre les images les plus progressistes uniquement dans ses campagnes Internet et pas à la télévision. Sollicitée par Yagg en janvier 2014, Coca-Cola avait indiqué s’adapter «aux opinions locales». Lorsque des militant.e.s pro-LGBT avaient demandé à la marque, sponsor des Jeux d’hiver de Sotchi en 2014, de se prononcer sur les lois homophobes en Russie, silence radio. Il n’est pas certain que la pétition suffise à faire pression sur Coca-Cola, mais elle contribue à sensibiliser les esprits.