À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, l’association SOS homophobie dévoile les conclusions de son enquête sur la visibilité des lesbiennes et la lesbophobie, dont les premiers résultats avaient été présentés en mars 2014. Le constat de l’association? Les lesbiennes sont invisibles dans l’espace public et silencieuses quand il s’agit de dénoncer les actes et/ou comportements lesbophobes.

L’association, créée le 11 avril 1994, avait mené en 2003-2004 une première étude – Enquête sur la lesbophobie –  publiée en 2008. Déjà plus de la moitié des interrogées déclaraient avoir vécu de la lesbophobie au moins une fois dans leur vie. Puis vint un vide statistique de 10 ans puisqu’aucune nouvelle donnée concernant les lesbiennes confrontées à des réactions hostiles en raison de leur orientation sexuelle n’a été produite.

Lancée en avril 2013, l’enquête a été menée auprès de 7126 femmes venant de toute la France et ayant eu des relations sexuelles et/ou sentimentales avec d’autres femmes. Le but? Savoir si les lesbiennes ont été confrontées à de la lesbophobie au cours des deux dernières années et établir la visibilité qu’elles accordent à leur orientation sexuelle.

LESBOPHOBIE DANS PLUS D’UN CAS SUR DEUX
Il a d’abord fallu diffuser un questionnaire sur le net puis réaliser des entretiens lors d’événements LGBT. «On était présent.e.s sur différents types d’événements comme l’Eurolesbopride, à la rencontre des lesbiennes plus âgées. On est vraiment allé.e.s chercher les témoignages, car les lesbiennes contactent peu la ligne d’écoute de l’association», explique Tania Lejbowicz, coréférente de la commission lesbophobie au sein de l’association. En effet, sur les 3517 témoignages reçus par l’association en 2013, seulement 329 relatent des faits lesbophobes. Pourtant 59% des répondantes ont vécu de la lesbophobie au cours des deux dernières années et 13% y ont été confrontées régulièrement.

C’est dans l’espace public que les actes lesbophobes sont le plus vécus. Ils se traduisent par des moqueries, insultes, menaces de viol voire des agressions physiques: «L’homme m’a dit que j’étais avec une fille parce que je n’avais pas encore rencontré de véritable homme et il m’a embrassée de force». Les répondantes se sentent obligées d’éviter certains lieux, n’osent plus faire des démonstrations d’affection à leur partenaire en public et sont constamment sur leurs gardes. Certaines lesbiennes souffrent d’angoisses, de repli sur soi voire d’épisodes dépressifs. La famille est aussi le théâtre d’actes lesbophobes qui prennent la forme d’incompréhensions ou de rejet. Quatre femmes sur 10 déclarent avoir rompu les liens avec leur famille suite à leur coming-out, comme le montre par exemple ce témoignage:

«J’ai coupé les ponts avec certains membres de ma famille. Maintenant je vis de plein fouet le sentiment de culpabilité qui me dit que c’est de ma faute.»

LETTRE DE DÉMOTIVATION 
Les lesbiennes doivent également faire face aux discriminations, au harcèlement mais aussi à l’outing sur leur lieu de travail. Ces actes lesbophobes ne sont pas sans conséquences pratiques, 12% des interrogées déclarent avoir perdu leur emploi:

«Je me sentais tellement mal dans cette organisation que j’ai préféré la quitter par rupture conventionnelle.»

Enfin l’association pointe du doigt de lourdes conséquences pour les actes lesbophobes en milieu scolaire. Le taux de suicide y est de 14%, «ce taux est beaucoup trop élevé, replacé dans un autre contexte il descend à 4%», explique Tania Lejbowicz.

NE PAS «S’INVISIBILISER» 
À l’issue de l’étude, l’association a pu mettre en évidence un lien entre visibilité et lesbophobie: les lesbiennes les plus visibles font plus l’objet d’actes lesbophobes. Certaines adoptent même des stratégies pour contrer la lesbophobie, elles s’invisibilisent en fonction des personnes qui les entourent ou des lieux qu’elles fréquentent. 18% disent ne jamais manifester d’affection à leur partenaire en public et ce par peur des réactions hostiles. Le constat est donc sans appel: les enquêtées les moins visibles vivent moins de lesbophobie. Mais faut-il pour autant s’invisibiliser en tant que lesbienne pour ne pas vivre de lesbophobie? L’association «ne conseillera jamais de vivre cachées».

Comment combattre les discriminations et les violences vécues par une population que l’on obligerait à rester invisible? Le rapport sera envoyé sur le bureau de la secrétaire d’État aux droits des femmes, Pascale Boistard, mais également sur celui de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation, et Marisol Touraine, la ministre de la Santé. Quelles en seront les traductions concrètes espérées? «Les deux priorités sont la sensibilisation et la prévention. Le gouvernement doit permettre une prise de conscience à tous les niveaux, notamment dans l’éducation. Les professeur.e.s, qui parfois ne savent pas gérer des actes homophobes en classe, doivent être sensibilisé.e.s. La lutte contre l’homophobie doit être inscrite dans les programmes scolaires. Les domaines de la santé et de la justice sont également concernés», explique le président de l’association, Yohann Roszéwitch.

Tania Lejbowicz aimerait également que la secrétaire d’État aux droits des femmes «accepte d’utiliser le mot “lesbophobie” et fasse en sorte qu’il y ait une vraie sensibilisation». «On ne doit pas avoir peur d’utiliser le mot “lesbienne”, ce n’est pas une insulte», ajoute-t-elle. Le mot «lesbophobie» est entré pour la première fois dans le dictionnaire en 2014, mais il apparaît dans Le Petit Robert uniquement.

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