Après La lumière au fond du placard et Tant et si peu, Tous les gays sont dans la nature est le troisième livre tiré d’un blog Yagg. Il est publié aux Editions Des ailes sur un tracteur, de Jérémy Patinier. Son auteur, Antoine Le Blanc, a 36 ans, vit à Paris, travaille à Dunkerque, où il est Maître de Conférences en Géographie à l’Université locale. Il s’est marié à son compagnon et tous deux élèvent un enfant en bas âge en coparentalité. On a souvent pu le croiser lors des événements de la Fédération sportive gaie et lesbienne, où il s’est notamment occupé du Tournoi international de Paris.

Antoine Le Blanc a commencé à publier ses portraits malicieux, souvent ironiques, mais toujours tendres sur son blog Yagg Les esquisses galantes, en août 2013. Un an et demi et quelques dizaines de portraits plus tard, Les esquisses sont désormais éditées en livre. Interview.

tous les gays sont dans la natureComment t’es venue l’idée de faire une série de portraits? Je ne sais pas très bien. J’avais déjà commencé à faire une série de portraits de personnes réelles, de ma famille. Ce n’était pas forcément des portraits ironiques. Je voulais plutôt m’inspirer de portraits qui avaient été faits au XVIIè ou XVIIIè siècles, ou de choses plus récentes. C’est une forme qui me plaît bien. J’ai aimé écouter les gens. Je parle beaucoup mais j’aime bien écouter aussi. J’arrivais à faire en sorte que les gens se livrent. Mais c’est difficile d’écrire sur des personnes existantes, et surtout vivantes. C’est difficile de dire certaines choses sans blesser des gens, et surtout de dire la vérité. LA vérité n’est-elle pas une interprétation de notre part? Et les sujets ont-ils envie qu’on dévoile dans un livre ce qu’ils ont dit à l’oral? J’ai donc arrêté. A partir de là, je me suis dit que je pourrais inventer des portraits. Il ne restait qu’un pas à franchir pour faire des choses un peu plus caricaturales et notamment sur les gays. J’ai commencé à le faire. Et plus tard, j’ai voulu le publier.

Ces portraits sont-ils autobiographiques? Forcément. Même si je ne parle pas que de moi – heureusement – les autres personnes sont des gens que j’ai plus ou moins croisés. Je pioche un peu des caractères par ci par là dans des événements qui me sont arrivés ou qui sont arrivés à des proches. Tous ces portraits forment dans une certaine un portrait de moi en creux. Cela ne me gêne pas de dire que c’est autobiographique, mais cela ne donne pas un aperçu complet de moi. Il y a beaucoup d’aspects de ma vie qui sont passés sous silence. Ça reste léger. Toutes les failles ne sont pas là. Même si j’essaie d’avoir un style ouvert et libre, il y a quand même des lignes rouges et un respect à maintenir vis à vis de certaines personnes. Oui, c’est autobiographique, mais cela reste de la fiction.

Y a-t-il un portrait qui se rapproche davantage de toi? Je ne sais pas, je suis beaucoup de ces portraits-là. Certains portraits se rapprochent de personnes précises. Et il y a en un ou deux que j’ai écrit en pensant à moi, par exemple « Le prétendu littéraire » et « La mondaine » ou « Le lessiveur pathologique », « le gendre idéal » – j’ai été très gendre idéal à une époque. Pour avoir un bon portrait de moi il faudrait en rassembler une dizaine.

Quels sont tes préférés? Il y a la fois mes personnages préférés et mes portraits préférés. Mes personnages préférés sont les plus drôles et les plus heureux. La partie « Quelques gens heureux » est ma favorite. Les mieux écrits (cela dépendra peut-être des lecteurs): j’aime bien « L’éleveur de morpions » ou « Le prof visqueux », ou encore La courtisane fragile. Si je devais conseiller un portrait? Je conseillerais plutôt d’aller voir la table des matières et de piocher celui qui vous parle le plus.

Comment es-tu passé du blog au livre? Cela m’avait traversé l’esprit un peu avant de commencer le blog. J’avais déjà écrit plusieurs textes. Je m’étais dit que je pourrais les regrouper. J’ai commencé le blog en regardant si ça allait marcher. Et ça a plutôt bien marché. J’ai parfois eu quelques remarques un peu dures, mais qui étaient intéressantes. J’ai toujours eu envie de publier. C’est moi qui ai contacté Jérémy Patinier, des Editions Des Ailes sur un tracteur. J’ai toujours su que je ferai ce livre chez un éditeur gay et chez quelqu’un d’engagé. D’abord parce que je pensais que ça serait plus simple, il y a déjà un public ; et ensuite parce que l’engagement de Jérémy me plaît. J’aime ce qu’il a déjà publié. C’est le seul que j’ai contacté et il a dit oui tout de suite. Il m’a expliqué qu’il avait déjà quelque chose de similaire pour les lesbiennes et qu’il cherchait l’équivalent masculin. Il m’avait prévenu qu’il retoucherait beaucoup mes textes. Au final il ne les a pas retouchés tant que ça. J’en étais très flatté (rires).

Photo Xavier Héraud