Alors qu’il revenait d’une manifestation dans le centre-ville de Nantes samedi 21 février, Thomas, militant au collectif QueerFarnaüM, affirme avoir été victime de violence et d’insultes en raison de son orientation sexuelle de la part d’un groupe de policiers. Environ 800 personnes selon la police avaient manifesté ce jour-là,  un an après la grande manifestation du 22 février 2014 contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes.

Thomas raconte à Yagg l’incident: «C’était une manifestation pacifique en réaction aux violences policières, mais il y avait tout de même un climat tendu. J’avais subi deux contrôles avant, dont l’un avec la brigade anticriminalité qui m’avait fait une fouille au corps.»

C’est en quittant la manifestation pour se rendre chez son compagnon, que Thomas tombe sur un groupe d’une douzaine de policiers en marge de la manifestation sur le cours Olivier de Clisson: «Les gens passaient, mais moi on m’a arrêté. Ils m’ont demandé mes papiers d’identité, donc j’ai posé au sol les pancartes que je tenais à la main, et mon sac à dos. J’ai vu qu’ils avaient reçu de la peinture sur leurs uniformes et ils m’ont aussi demandé si j’avais lancé des boules de peinture pendant la manifestation. J’ai dit que non et j’ai vu qu’ils avaient commencé à m’encercler. On m’a mis à genoux de force et l’un m’a menacé me disant que si je ne donnais pas de noms, je ne partirai pas. Ils ont ensuite pris mon sac, l’ont ouvert et jeté son contenu sur le sol. Ils ont pris mon mégaphone, en me disant que c’était interdit en manifestation, même chose pour mes lunettes de protection. Même mon flacon d’huile essentielle bio, ils l’ont pris en me répétant que c’était interdit en manifestation!»

Mais c’est une autre découverte qui va déclencher les moqueries des policiers: «Ils ont trouvé un guide du consentement chez les gays, explique Thomas. Celui qui l’a pris l’a montré à ses collègues en riant et en disant “Un peu osé comme littérature”. Pendant ce temps, j’étais par terre, en train de chercher mes papiers d’identité, et l’un d’eux me donner des coups de pieds dans les chevilles.»

«Puis un autre m’a demandé où je me rendais. J’ai répondu que j’allais chez mon compagnon. Le policier qui avait pris le guide a dit: “Vous allez vous reproduire hein?!”, tandis qu’un autre s’est exclamé “C’est dégueulasse!”».

Les policiers ont alors dit à Thomas de décamper: «On m’a rendu ma carte d’identité, non sans l’avoir photographié avant, ce qui veut dire que je suis désormais fiché, et on m’a menacé de m’embarquer si on me revoyait dans le coin. J’ai appelé mon copain, je suis allé chez lui complètement paniqué, je n’arrivais pas à me calmer.»

Aidé par les autres militant.e.s du collectif, Thomas est allé à l’hôpital dans la foulée qui a refusé de l’examiner tant qu’il n’avait pas porté plainte. Il s’est alors rendu au commissariat central de Nantes, où le personnel n’a d’abord pas voulu prendre sa plainte: «On m’a d’abord dit que ce n’était pas possible, puis qu’ils étaient débordés. Finalement un officier m’a dit soit d’attendre plusieurs heures, soit de revenir le lundi, ce que j’ai fini par faire. J’ai pu porter plainte pour violence par personne dépositaire de l’autorité publique et injures discriminantes envers une orientation sexuelle à caractère publique.»

Encore sous le choc, Thomas espère que sa plainte, que nous avons pu lire, sera retenue. Le collectif QueerFarnaüM, qui le soutient dans ses démarches, a tenu à rappeler que «l’homophobie n’est pas une opinion mais un délit»: «Les représentants de l’ordre ne sont pas au dessus des lois.

Photo La Corbotte NDDL