Le service public ne s’est pas honoré mercredi 25 février. En annonçant les résultats d’Ipergay, l’essai préventif à base du médicament Truvada à 7h30, la présentatrice puis la journaliste chargée du reportage, ont réussi l’exploit de ne jamais expliquer qu’il s’agissait d’un essai réalisé avec des participants gays et des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).
Première mention de l’essai dans les titres par la présentatrice Hélène Roussel: «Immense espoir dans la lutte contre le sida». Puis, à 8’13 », la présentatrice «lance» le sujet avec une première erreur de taille en parlant de Truvada, l’antiviral utilisé en préventif dans l’essai Ipergay: «Ce médicament découvert par des chercheurs français». Truvada  a été développé par le laboratoire américain Gilead.

Puis la journaliste Solenne Le Hen décrit l’essai, interviewe Jean-Michel Molina, responsable scientifique de l’essai et Bruno Spire, président de l’association Aides. Durant son reportage, pas une seule fois n’est mentionné qu’Ipergay a testé Truvada chez des gays. Comment expliquer un tel oubli?

DONNÉES PAS FORCEMENT TRANSPOSABLES
En France, plus de 40% des nouvelles contaminations ont lieu chez les gays, une population très touchée. C’est pour cela que l’essai en prévention Ipergay a d’abord voulu tester cette approche de prévention chez les gays, afin de savoir assez vite si la prise de traitement au moment des rapports sexuels permettait de réduire le risque d’infection. La réponse est oui, la réduction étant de 86%. Mais Jean-Michel Molina insiste sur le fait que ces données ne sont pas forcément transposables à d’autres populations et dans d’autres contextes. En ne précisant pas que les participants à Ipergay étaient tous des gays et des HSH, France Inter risque de faire naître de faux espoirs. Il n’est d’ailleurs pas sûr que les recommandations en préparation aillent dans le sens d’une généralisation du traitement préventif à tout le monde.

Dans une tribune consacrée à Ipergay et publiée sur le Huffington Post, Jean-Luc Romero, président du Crips Ile-de-France exhortait les médias à ne pas céder à l’emballement et au raccourci. Une mise en garde que France Inter n’a hélas pas pu lire puisque cette tribune a été publiée quelques heures après le reportage de la radio de service public.

Depuis le début de l’épidémie de sida, on est malheureusement habitué aux effets d’annonce et aux raccourcis. Reste aux associations et aux médecins à faire preuve de plus de pédagogie… et aux médias à savoir appeler un chat un chat.

 

Pour écouter le reportage de France Inter