Une année un peu maigre pour les thématiques LGBT à Hollywood mais pleine d’espoirs (presque tous déçus) pour de nombreux Français nommés. Quelques icônes au programme : Julianne Moore, Lady Gaga, ou encore le présentateur de la soirée Neil Patrick Harris. Et l’affirmation d’un renouveau des critères hollywoodiens qui met en exergue des auteurs exigeants et des films moins commerciaux. Une cérémonie à la tonalité très « adulte » et engagée.

Avec neuf nominations chacun, Birdman et The Grand Budapest Hotel d’Andersen partaient favoris, en l’absence un peu incompréhensible du Gone Girl de David Fincher, ignoré par l’Académie. Ce qui était déjà un événement en soi puisqu’on a affaire à deux films clairement issus d’un courant indépendant, qui reposent sur des réalisateurs-auteurs aux styles et à l’esthétique affirmés qu’on ne peut qualifier de grand public aux Etats-Unis. Et c’est le faux plan séquence du réalisateur mexicain Alejandro G. Iñárritu qui bat le conte picaresque et éblouissant du texan Wes Anderson en récoltant les Oscars majeurs, celui du réalisateur et celui du meilleur film, malgré une moisson équivalente de quatre Oscars chacun.

«RÔLE À CLÉ»
Si Birdman, film original mais un peu prétentieux sur les coulisses du retour d’une ancienne gloire du cinéma sur les planches, a offert un retour étonnant, dans un «rôle à clé», au vétéran Michael Keaton, il ne lui aura pas permis d’obtenir un Oscar malgré sa position de favori. C’est le jeune Eddie Redmayne, 33 ans, qui a remporté l’Oscar de meilleur acteur pour son interprétation (typique «Rôle-à-Oscar») du physicien handicapé Stephen Hawking dans le film très académique Une merveilleuse histoire du Temps. «Rôle-à-Oscar» également pour la grande Julianne Moore, ultra-favorite qui a enfin été récompensée comme meilleure actrice pour sa sublime performance de malade d’Alzheimer dans le film pourtant assez moyen Still Alice (avec également Kristen Stewart, en salles en France le 18 mars prochain).

UNE SURPRISE
La surprise est venue des trois Oscars remportés par le film labellisé Sundance, Whiplash, succès surprise un peu partout dans le monde. Ce succès renforce le sentiment d’un regain d’intérêt des votants pour le cinéma indépendant. Si l’Oscar du meilleur second rôle était acquis à l’extraordinaire J.K. Simmons, ceux du meilleur montage et du meilleur mixage son étaient inespérés.

Très peu de films avec des sujets LGBT cette année lors de la cérémonie hollywoodienne. Seule exception : The Imitation Game (nommé huit fois), le biopic sur Alan Turing, pionnier de l’informatique, condamné pour son homosexualité, un rôle interprété avec conviction par l’acteur anglais Benedict Cumberbatch qui s’est imposé comme allié et porte-parole incontournable de la cause gay et lesbienne. Le film n’a obtenu que l’Oscar du meilleur scénario adapté.

DEUX VICTOIRES FRANÇAISES
Il y avait la nuit dernière pas moins de huit chances de récompenses «françaises» (pour onze nominations) lors de la cérémonie des Oscars et, presque toutes furent déçues à part le sacre attendu du compositeur français Alexandre Desplat pour la musique de Grand Budapest Hotel (il était également nommé dans la même catégorie pour la musique de The Imitation Game !) et l’Oscar du documentaire pour Number 4 sur Edward Snowden (en salles en France courant mars) coproduit par une Française.

Le cinéma français peut tout de même se féliciter des nominations de Marion Cotillard, nommée surprise pour Deux jours, une nuit dans la catégorie meilleure actrice, le film aux sept César Timbuktu d’Abderrahmane Sissako qui représentait la Mauritanie dans la catégorie du meilleur film étranger (il s’agit en effet d’une production française mais tournée en Mauritanie et le Saint Laurent de Bonello proposé par la France n’a pas été retenu), ainsi que le documentaire Le Sel de la Terre (co-réalisé par Wim Wenders mais produit par un Français), le court-métrage de fiction franco-chinois La Lampe au Beurre de Yak, le court-métrage d’animation Le Chant de la Mer et deux des créateurs d’effets spéciaux des Gardiens de la Galaxie.

TROIS MOMENTS FORTS
Côté « entertainment », on retiendra l’ouverture très «Broadway» de Neil Patrick Harris ainsi que son animation caustique mais chic.
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La cérémonie a aussi vu quelques lives très élégants comme celui d’Adam Levine de Marron 5 et celui, à la fois sobre et puissant, de Lady Gaga dans un medley de La Mélodie du Bonheur avant d’accueillir Julie Andrews ou encore le la folie Lego dans un numéro musical très K-pop sous acide.

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Et sur le plan de l’émotion et du message politique, trois moments forts auront marqué les esprits lors de cette soirée. Le vibrant appel féministe de Patricia Arquette, récompensée de l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour Boyhood, a provoqué les «vivas» de Mery Streep visiblement acquise à sa cause. La belle prestation de John Legend sur la B.O. du film Selma (le film sur Martin Luther King Jr produit par Oprah Winfrey qui sort en France le 11 mars), elle, a provoqué larmes, standing ovation dans la salle et Oscar de la meilleure chanson. Le discours des récipiendaires Comon et John Legend, leur appel à l’égalité, avec mention de l’orientation sexuelle, fut un autre moment fort de la cérémonie.
Enfin, on n’oubliera pas le Stay weird, stay different («Restez bizarres, restez différents») du scénariste Graham Moore, Oscar de la meilleure adaptation pour The Imitation Game, qui a évoqué sa tentative de suicide à l’âge de 16 ans.

 

Tous les résultats (nommés et lauréats) sont consultables sur le site officiel des Oscars.