La sociologue Martine Gross a répondu aux questions de Taina Tervonen et Mathieu Nocent, et propose une comparaison entre la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui, toutes deux brandies comme des menaces encore aujourd’hui par les opposant.e.s au mariage pour tous.

Qu’impliquent l’une et l’autre de ces techniques pour les couples de femmes et d’hommes qui y ont recours? Quelle place est donnée au donneur de sperme? A celle qui donnera ses ovocytes? A la gestatrice de l’enfant? Dans son analyse, la sociologue note en tout cas des différences marquantes entre les hommes et les femmes dans la reconnaissance légale de la paternité et de la maternité, différences qui ont un impact sur les couples de même sexe qui fondent une famille: «Une femme qui accouche sous X ne devient pas mère mais, selon le droit, elle est réputée n’avoir pas accouché. De plus, elle doit renoncer à tout contact avec l’enfant et le secret de son identité est maintenu – au-delà même de sa mort. L’assignation à la maternité est pour la femme implacable: dès lors qu’elle a accouché, elle doit s’occuper de l’enfant. Il n’y a pas de demi-mesure.»

«Une femme ne peut pas accoucher d’un enfant, garder des liens avec lui et ne pas être sa mère tandis qu’un homme peut – en donnant son sperme – faire naître un enfant, garder contact avec lui et ne pas être son père.»

«L’assignation à la paternité ne produit pas une série aussi contraignante d’obligations vis-à-vis des enfants. La filiation est un fait social pour les hommes, mais pas pour les femmes, pour lesquelles c’est un fait charnel dans le droit.»

Martine Gross soutient par ailleurs que vouloir l’anonymat du donneur, ou refuser l’entretien d’un lien avec celle qui est appelée la mère porteuse peut relever d’une «confusion entre procréation et filiation»: «En distinguant procréation et filiation, on détache la maternité de la gestation, tout comme on détache la paternité du lien génétique. Dans un droit où la filiation serait davantage fondée sur un engagement, connaître le géniteur ne ferait pas de lui un père, connaître la gestatrice ou la donneuse, voire entretenir des liens avec elles, ne les assignerait pas à la maternité.»

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