Sur quel pied faut-il danser avec le pape François? Celui qui est à la tête de l’église catholique s’autorise quelques déclarations empreintes d’ouverture et de tolérance, mais tient par ailleurs des discours qui n’ont rien de progressiste. Dans un ouvrage paru en janvier 2015 et intitulé Papa Francesco. Questa economia uccide («Pape François. Cette économie tue»), les journalistes italiens Andrea Tornielli et Giacomo Galeazzi donnent la parole au pape François sur les thèmes de la pauvreté, de l’immigration et de l’environnement. Le pape s’en prend aux «Hérode» de notre époque, en référence au roi installé en Judée par le pouvoir romain et qui aurait ordonné la mort de tous les enfants mâles de moins de deux ans dans l’espoir de tuer le très jeune Jésus.

«Ils détruisent, complotent en vue de la mort, défigurent le visage de l’homme et de la femme, détruisant la création, accuse le pape François selon des propos rapportés par National Catholic Reporter. Pensons aux armes nucléaires, à la possibilité d’annihiler en quelques instants un grand nombre d’êtres humains.»

Le pape poursuit dans la même veine: «Pensons aussi à la manipulation génétique, à la manipulation du vivant, à la théorie du genre qui ne reconnaît pas l’ordre de la création. Avec cette attitude, l’homme commet un nouveau péché, contre Dieu le créateur. Assurer la garde de la création n’a rien à voir avec les idéologies qui considèrent l’homme comme un accident, comme un problème à éliminer. Dieu a placé l’homme et la femme au sommet de la création et leur a confié la terre. Le dessein de Dieu est écrit dans la nature.»

Sur la toile, plusieurs personnes ont interprété ces paroles du pape François comme des propos transphobes. Le chef de l’église avait pourtant suscité une vague d’espoir en recevant au Vatican il y a quelques semaines un homme trans’ et sa fiancée. En parlant de «l’ordre de la création», le pape s’appuie sur l’idée qu’une «loi naturelle» innée s’impose à chacun.e et définit son identité. C’est cette «loi naturelle» qu’invoquait le maire de Fontgombault pour refuser de marier des couples de même sexe, et on reste dans la rhétorique du cardinal Philippe Barbarin pour qui permettre aux couples de même sexe de s’unir revenait à «dénaturer» le mariage.

L’homme trans’ qui a rencontré le pape avait refusé de dévoiler la teneur de leur entretien mais s’était dit «en paix» après cette rencontre. Il n’est pas certain que tou.te.s réserveront le même accueil aux déclarations du pape François.

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