Lee Hirsch, réalisateur du documentaire «Bully… par yaggvideoEn France, la mobilisation commence à peine à naître, aidée par la diffusion du documentaire Souffre-douleurs, ils se manifestent. D’autres pays s’attellent aussi à trouver des solutions au harcèlement qui gangrène l’école partout dans le monde. En avril 2014, l’Unesco organisait une rencontre autour de la crise du harcèlement scolaire avec à l’appui, un documentaire américain, The Bully Project, réalisé par Lee Hirsch. L’occasion de faire un point sur les causes de ce phénomène alarmant, mais aussi de découvrir quels sont les moyens de combattre le problème.

Le réalisateur Lee Hirsch a tourné The Bully Project en 2009. Pendant un an, il est allé à la rencontre d’enfants et d’adolescent.e.s qui subissaient du harcèlement scolaire, mais aussi des parents de Tyler Long et de Ty Smalley, deux enfants qui se sont suicidés: «On a trouvé tous ces gens en suivant les informations, raconte-t-il à Yagg. Quand une histoire nous semblait convenir, je sautais dans un avion et j’allais rencontrer la famille pour lui demander si elle acceptait de nous raconter son histoire».

Le résultat est un documentaire choquant et poignant au plus près des victimes et de leur famille: à 14 ans, Ja’Meya Jackson a passé plusieurs semaines dans un centre pour mineurs dans l’État du Mississippi. Son crime? Avoir sorti une arme dans son bus scolaire après avoir été harcelée par des camarades de classe. Kelby Johnson, une adolescente d’Oklahoma, vit ouvertement son homosexualité, ce qui lui vaut, ainsi qu’à sa famille, de subir des quolibets en ville et à l’école. Alex Libby, 12 ans, est victime de coups et d’insultes tous les jours dans le bus et à l’école. Ses parents essaient de trouver des solutions, tandis que la direction de l’établissement ne prend pas la mesure du problème.

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A sa sortie en mars 2012, une polémique est née autour de The Bully Project, suite à la décision de la Motion Picture Association of America d’interdire le film aux moins de 17 ans, en raison du nombre trop important de mots orduriers dits dans le film. Une pétition avait été lancée pour ne pas que les jeunes soient privé.e.s de la possibilité de voir un documentaire qui les concerne, pétition qui avait finalement poussé la MPAA à revoir sa décision. Le film était finalement sorti avec une classification PG-13 (film déconseillé aux moins de 13 ans). Aujourd’hui, le film sert aussi d’outil grâce à un site Internet, qui permet aux enfants, mais aussi aux enseignant.e.s et aux parents de prendre conscience du problème et d’agir.

A l’occasion de la rencontre de l’Unesco sur le harcèlement scolaire, Yagg a aussi interviewé la directrice exécutive du Gay, Lesbian and Straight Education Network (GLSEN), Eliza Byard:

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Lentement mais sûrement, la société américaine, mais aussi les pouvoirs publics, prennent conscience des dégâts causés par le laisser-faire face au harcèlement: «Quand les gens comprennent la réalité de ce problème, que des jeunes souffrent, et que l’école souffre parce que personne ne le prend en main, ils veulent agir, affirme Eliza Byard. Nous avons construit des partenariats à travers le secteur de l’éducation aux États-Unis, et à travers celui de la jeunesse.

Aujourd’hui après 25 ans de travail, le gouvernement a directement soutenu absolument toutes les recommandations du GLSEN. Mais cela ne s’est produit qu’au cours des deux dernières années, après vingt-trois ans de travail. Il faut que des étudiant.e.s se montrent pour raconter leur histoire et dire la vérité, il faut des données et des preuves sur l’impact sur l’école quand personne n’agit, sur ce qui se passe actuellement, mais aussi sur ce qui se passe quand on agit. Et il faut un véritable engagement envers le progrès éducationnel dès maintenant. Parce que c’est là le cœur du problème.»

GLSEN est en première ligne pour voir la situation spécifique des personnes LGBT, qui va en s’améliorer, même si les violences verbales et physiques homophobes et transphobes sont encore très présentes: «Aujourd’hui 84% des jeunes âgé.e.s de moins de 29 ans soutiennent l’égalité pour les personnes LGBT, parce qu’ils ont grandi dans un environnement scolaire où il était dit que tout le monde doit être à égalité.»

«Il reste du travail: quatre jeunes LGBT sur cinq subissent du harcèlement physique, verbal ou sexuel à l’école. Parmi eux/elles, 30% sèchent l’école. Quand on dit ça à un.e enseignant.e, dont la mission est d’aider à apprendre, il/elle se rend compte qu’on ne peut pas apprendre si on a trop peur d’aller à l’école.»

Le film The Bully Project est visible en ligne, en version originale non sous-titrée.