Paul Vecchiali, à qui les Rencontres Dionysiennes de cinéma de Saint-Denis rendent hommage cette année, est un cinéaste, écrivain et producteur pas banal. Né à Toulon en 1930, il réalise des films depuis les années 60. Le dernier, Nuits blanches sur la jetée, nous a enthousiasmé, par son originalité farouche, son audace formelle et ses deux acteurs (Astrid Adverbe et Pascal Cervo). Collaborateur artistique à La Cinémathèque française, chargé des Expositions temporaires et auteur du très beau livre Paul Vecchiali, La Maison cinéma (Éditions de l’Oeil), Matthieu Orléan nous parle de ce cinéaste hors-normes.

Quelle place occupe Paul Vecchiali dans le cinéma français? Il occupe une place un peu secrète car ses films sont provocateurs, parfois inclassables, jouant avec les genres. C’est un cinéma d’auteur mais parfois déguisé, travesti. Il est passé de films très expérimentaux à des mélodrames ou des films de télévision. Il est cependant dans une continuité, celle qu’il revendique: le cinéma français des années 30. Il est un grand admirateur de Jean Grémillon et d’Henri Decoin. Il a aussi des rapports avec des cinéastes de la Nouvelle Vague dont Jean-Luc Godard ou Jacques Demy, qui dialoguent avec lui de film en film. Chez Vecchiali, il y a l’idée d’une troupe, l’image et le son direct qu’on retrouve de film en film, et l’idée du collectif avec des acteurs premiers rôles Jean-Christophe Bouvet, Hélène Surgère, Sonia Saviange. Il y a aussi une dimension sensuelle et sexuelle, parfois fantomatique dans ses films. Vecchiali occupe une place assez importante et cruciale car il a également produit bon nombre de cinéastes qui se revendiquent de lui. On peut citer Jean-Claude Biette, Jean-Claude Guiguet, Serge Bozon, Laurent Achard. Il a cette réflexion sur le système dans lequel il travaille et qui irrigue également ses films et cela parle à des cinéastes qui ont du mal à faire financer leurs films.

Pourquoi a-t-il du mal à trouver des financements? Est-ce parce que ses films ne sont pas étiquetables? Ils sont parfois d’une grande crudité parfois d’une extrême artificialité, ce qui est déconnecté  des films qui se font aujourd’hui. L’avance sur recettes est un peu le reflet de son époque et Vecchiali est toujours à côté. Il n’est pas le seul, Demy avait du mal à réaliser des films à la fin de sa vie et il a du compter sur des producteurs indépendants. Dans le système français de cooptation et de grandes sociétés de production, qui dominent, Vecchiali a pris les armes pour être autonome avec sa société de production, Diagonale.

Les femmes tiennent une place importante dans les films de Vecchiali. Pourquoi cette prédilection pour les actrices célèbres? Il y a deux types d’actrices chez Vecchiali. Des actrices plutôt avant-gardistes de sa génération comme Hélène Surgère et sa soeur Sonia Saviange, les deux héroïnes de Femmes Femmes (1974), un film qui a profondément marqué Pasolini.

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« Femmes, femmes »

À côté de cela, son œuvre est ponctuée par la présence d’actrices d’une génération au-dessus de lui, des figures maternelles, tutélaires, presque des déesses, comme un lien avec ce cinéma des années 30 qu’il aime tant. Il a aimé tourner avec ces actrices célèbres, Danielle Darrieux, Micheline Presle, pour leur rendre hommage. Mais c’est un hommage très actif. Il donne un vrai rôle entier, souvent en contrepoint. Il les transforme pour quelque chose d’inédit. Danielle Darrieux dans En haut des marches (1983) est un personnage face à une mémoire outragée, violentée, d’une extrême solitude. Elle n’a pas la douceur qu’elle peut montrer dans un film de Demy. C’est une héroïne au sens plein. Vecchiali va travailler avec les actrices pour les amener sur un nouveau territoire, les bouleverser, les transformer en les faisant rentrer dans son univers tout en lui pénétrant dans le leur, c’est quelqu’un qui aime être dans l’imprégnation avec les autres.

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« En haut des marches »

Comment l’homosexualité est-elle abordée dans ses films? C’est un thème extrêmement présent et de plus en plus avec le temps. Dans une première période, il y a une homosexualité implicite comme dans Femmes femmes, des moments d’ambiguïté. À partir de Once More, c’est un thème central, s’y s’exprime de manière ouverte. On y voit le corps masculin, la nudité, la crudité, Vecchiali aborde aussi la drague sur internet. Ce n’est pas le militant d’une  cause, à travers l’homosexualité se tisse autre chose. Ce sont des jeux de mise en scène, je parlais d’internet, cette mise à distance, dans laquelle la webcam devient un outil de cinéma.

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« Once More »

Comment situez-vous son dernier film, Nuits blanches sur la jetée, dans sa filmographie? 
Nuits blanches est un film complètement à part. Il y a d’abord l’effet de surprise. Vecchiali adapte une nouvelle de Dostoïevski! Ce sont des acteurs d’une nouvelle génération et il appartient en même temps à la généalogie des films vecchaliens. C’est un film  que je qualifierai d’impromptu, qui se joue à deux personnages, très minimal, très épuré, qui joue sur ce que les deux personnages peuvent avoir à partager de la réalité, du fantasme, du langage de la séduction de l’amour.

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