Julien Kojfer (l’ex Pédé du regretté C’est La Gêne, blog autoproclamé «de connards») a publié sur son Tumblr Ferme Ton Gueule une virulente critique de la comédie de ce début d’année, Toute première fois, sortie la semaine dernière. C’est par un titre volontairement provocateur qu’il débute sa diatribe, «Christine Boutin adaptée au cinéma»: «“LA MODE, C’EST LES GAYS” Cette phrase immortelle de Christine Boutin semble avoir été le mot d’ordre des producteurs de Toute première fois, la première comédie française post-mariage pour tous. Mais que cette bonne vieille Christine se rassure: Toute première fois a beau être *encore* un film sur les gays, c’est un film qui -peut-être par inadvertance- risque de lui faire plaisir, tant il se plaît à représenter une réalité inversée et mensongère, conforme en tous points à celle que la pasionaria de la cause homophobe tente de nous faire croire depuis des années.»

Car pour le blogueur, sous ses apparences de comédie bon enfant qui dépeint un monde où l’homophobie n’a plus cours, le film «présente cette vision fallacieuse comme une réalité contemporaine, entérinant cette théorie réactionnaire qui fait des hétérosexuels les nouveaux opprimés, soumis aux quatre volontés du tout-puissant lobby LGBT.» Il critique par ailleurs un «ripolinage hétéro délibéré» du couple formé par Pio Marmaï et Lannick Gautry: «Dans Toute première fois, les homosexuels sont juste des hétéros qui couchent (à peine) avec des hommes. Les scénaristes ont pris bien soin de leur imaginer des métiers *non-connotés* (chirurgien ou directeur d’institut de sondage) et précisent dès que possible qu’ils ne ratent jamais un match de foot. (…) Et quand ces gays-là font un strip-tease pour leur mec, ce n’est pas à cheval sur un fauteuil au son de Partition de Beyoncé, mais en gesticulant pataudement sur du Screamin’ Jay Hawkins. C’est tout juste si on n’entend pas les réalisateurs hurler à leurs acteurs: “PLUS VIRIL! SURTOUT PAS PÉDÉ!”»

En conclusion, Julien Kojfer rejette en bloc l’excuse de la comédie: «Notre vision du monde est façonnée par des représentations -littéraires, cinématographiques, télévisuelles, iconographiques- et la comédie ne fait nullement exception à la règle. Alors plutôt que de balayer d’un revers de la main toute tentative d’analyse déterminée à aller plus loin que “mdr krkrkr”, il serait peut-être temps de s’interroger sur ce que véhiculent -plus ou moins consciemment- nos œuvres *pour rire*.»

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