La société Out Now a révélé le 28 janvier dernier de nouveaux chiffres de son étude LGBT 2020, qui porte sur les préoccupations et les modes de vie des personnes LGBT dans plus de 20 pays à travers le monde. Ce volet de l’enquête porte plus particulièrement sur le monde du travail et s’intitule «Show me your business case». On y apprend par exemple que 20% des salarié.e.s LGBT français.es ne parlent à personne de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre au travail. La plupart (46%) l’évoquent auprès de personnes de confiance ou de quelques collègues, et 36% se sentent assez à l’aise pour en parler à tout le monde. L’originalité de cette étude est qu’elle tente de quantifier le coût que cela implique pour les entreprises d’avoir des salarié.e.s dans le placard.

MEILLEURE PRODUCTIVITÉ
D’après les données recueillies par Out Now, les personnes LGBT partiellement ou totalement dans le placard quittent plus volontiers leur entreprise que les personnes ouvertement «out» auprès de tou.te.s leurs collègues. Or, remplacer un.e collaborateur/trice a un coût. S’appuyant sur des estimations fournies par le Center for American Progress et l’institut Oxford Economics, Out Now établit donc que la France pourrait économiser jusqu’à 2,41 milliards d’euros si les salarié.e.s LGBT se sentaient suffisamment à l’aise au sein de leur entreprise pour être complètement hors du placard.

À en croire l’étude, la productivité des collaborateurs/trices qui assument leur orientation sexuelle ou leur identité de genre au travail est meilleure que celle des personnes dans le placard. Ainsi, 57% des personnes ouvertement lesbiennes, gay, bies ou trans’ se sentent respecté.e.s et valorisé.e.s, un chiffre qui tombe à 29,4% chez les personnes qui dissimulent leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.

La situation est-elle en passe de s’améliorer? Avec 51% des personnes sondées qui ont pu constater un propos ou un acte homophobe au travail, difficile d’être optimiste. C’est aux Pays-Bas que la situation semble la plus favorable, avec 66% des sondé.e.s ouvertement L, G, B ou T sur leur lieu de travail, soit près du double de la France.

FRILOSITÉ FRANÇAISE
Parmi les entreprises qui soutiennent cette étude, on retrouve notamment la Société Générale et IBM. Mais le premier sponsor, c’est le groupe Axa, spécialisé dans les assurances. Jusqu’ici, les principaux responsables d’Axa avaient plutôt soutenu le camp des opposant.e.s à l’égalité des droits. Dans une interview accordée à L’Expansion, le PDG Henri de Castries avait indiqué être «clairement opposé» au mariage des couples de même sexe. «Je suis catholique pratiquant et je ne vais pas cacher mes convictions, affirmait-il en novembre 2012. Je crois que la création du pacs était une bonne chose, mais je pense que notre société repose sur des fondements qu’il ne faut pas déséquilibrer. […] Cet avis personnel ne m’empêche pas de rester profondément attaché à la diversité, et vous trouverez chez Axa beaucoup de gens qui ne partagent pas ma position!» Quelques mois plus tard, Le Canard Enchaîné révélait que le président d’honneur d’Axa, Claude Bébéar, avait accordé un important financement au défilé de la «Manif pour tous» du 13 janvier 2013.

Sollicité par Yagg, le groupe Axa affirme que les déclarations et prises de position de ces deux hommes sont «personnelles». «Ils ne se sont pas exprimés sur ces sujets au nom du groupe, insiste auprès de Yagg le service de presse. Le Comité exécutif [au sein duquel siège Henri de Castries, ndlr] a décidé que l’orientation sexuelle devait être une priorité car on ne part pas de rien, mais il y a du chemin à faire.»

Le site de Valeurs Actuelles, proche de l’extrême droite, a fustigé ce soutien affiché, critiquant le fait qu’Axa devienne «le premier sponsor du lobby LGBT dans le monde professionnel». «On ne souhaite pas entrer dans cette polémique, réagit de son côté le groupe Axa. Notre préoccupation, c’est que les collaborateurs/trices qui travaillent pour Axa s’y sentent bien.» Outre-Atlantique, le groupe est déjà un champion de l’égalité des droits, distingué par Human Rights Campaign et sponsor de la Gay Pride de New York. «Axa US est très en avance sur le reste du groupe», précise le service de presse. Un réseau social interne dédié aux questions relatives à l’orientation sexuelle et l’identité de genre a vu le jour et a noué un partenariat avec l’association Out and Equal.

Axa était également présent à la Pride de Madrid et a soutenu la diffusion du film Tomboy en Espagne. Difficile d’imaginer un même scénario en France, où des pétitions ont circulé contre la projection du film auprès d’élèves. Mais les choses changent. Axa devrait prochainement prendre de nouvelles initiatives et pourrait signer la Charte d’engagement LGBT de l’Autre Cercle. Et pourrait-on envisager un soutien financier à la Marche des fiertés? «Pas impossible», répond le groupe.

Photo David Monniaux