The New Yorker a rendu hommage à l’artiste queer chilien Pedro Lemebel, connu pour son style provocateur et irrévérencieux et décédé des suites d’un cancer le 23 janvier. Né en 1952 à Santiago, il devint professeur d’arts et fut renvoyé en raison de son homosexualité. Il rejoignit alors la société des auteurs chiliens, davantage «parce qu’il y avait des biscuits et du café et à boire» que par passion pour l’écriture. The New Yorker écrit: «Ces débuts littéraires ont eu lieu loin des ateliers ou des salons. En septembre 1986, Lemebel a mis en scène ce qu’il appelait une “intervention” lors d’une réunion des partis de gauche de l’opposition. Portant des talons hauts, avec la faucille et le marteau peints sur la moitié de son visage, il a lu “Manifesto: Je parle pour ma différence”, dans laquelle il accuse la résistance marxiste du Chili d’homophobie et de sexisme. “Ne me parlez pas du prolétariat, a-t-il dit, car être pauvre et pédé est pire.”»

Avec l’artiste Francisco Casas Silva, il réalisa aussi de nombreuses performances extrêmes sous le nom des Yeguas del Apocalipsis et écrit plusieurs ouvrages dont Je tremble, ô matador, l’histoire d’un travesti épris d’un jeune révolutionnaire sous la dictature d’Augusto Pinochet: «Le vocabulaire de l’humiliation queer – autant par les autres que par soi-même – est central dans la poésie de Lemebel, poursuit The New Yorker, tout comme il est central dans un certain pan de la culture queer. “La Folle” est appelée de façon répétée une “pédale”, une “folle tordue”, une “bécasse”, une “vieille folle ridicule”. Elle ne questionne jamais explicitement le machisme que sous-tend sa dévotion à Carlos, qu’elle caractérise comme “un vrai mec… un étalon qui sent la sueur et vous tourne autour”. Ces aspects du travail de Lemebel sont parfois durs à lire, car ils transgressent de manière tellement flagrante les standards du bon goût à l’heure du mariage pour tous.»

Le philosophe Paul B. Preciado (anciennement Beatriz Preciado) a lui aussi rendu hommage à l’auteur chilien dans une puissante tribune sur le site de Libération.

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Photo Municipalidad de Santiago