[Mise à jour, 8 août 2016] La plainte de l’équipe des Dégommeuses contre David Donadei a été classée sans suite.

[Mise à jour, 29 janvier 2015, 18h40] Ajout des réactions de l’entraîneur mis en cause et de la maire du XXe arrondissement.

Mercredi 28 janvier au soir, l’équipe de football féminine Les Dégommeuses a été la cible de propos lesbophobes et sexistes de la part de l’entraîneur d’une autre équipe. «On occupe un terrain le mercredi à 19h30 au stade Louis Lumière dans le XXe arrondissement pour faire un match avec une autre équipe, a raconté à Yagg, Cécile Chartrain, une des joueuses. Avant nous, c’est l’entraînement d’un club pour des enfants qui ont une douzaine d’années. Quand il a été l’heure pour nous de prendre le terrain, je me suis avancée vers l’éducateur qui l’encadre pour lui dire que c’était notre tour. Je ne peux pas toujours être là sur le créneau du mercredi mais des filles de l’équipe m’ont dit qu’il cherchait souvent des noises. De fait, il s’est montré aussitôt très agressif avec moi, me disant qu’on était en avance.»

L’homme ne semble pas décidé à laisser l’équipe investir le terrain: «Comme il était déjà hors de lui, poursuit la joueuse, je lui ai dit calmement de me regarder dans les yeux quand il m’adressait la parole, et aussi de me parler sur un autre ton devant des enfants, mais il a continué, jusqu’au moment où il m’a dit très clairement “Je vais te faire manger mes couilles dans ta bouche”. Je ne sais même pas si je dois trouver ça sexiste ou lesbophobe», commente-t-elle amèrement. Mais après l’insulte, l’éducateur aurait cherché à humilier l’équipe:

«Il s’est tourné vers les enfants en leur disant “Applaudissez, applaudissez les lesbiennes”. On s’est retrouvé devant une vingtaine de gosses qui étaient là en train de taper des mains, en riant et en criant “Ah ah ah les lesbiennes”.»

«Je l’ai traité de “pauvre type” et j’ai pris mes distances.» L’homme aurait aussi poussé plusieurs joueuses. Un agent municipal serait alors intervenu à la fin de l’altercation. «L’entraîneur continuait à s’énerver et à être extrêmement grossier, nous traitant d’hystériques.»

D’après la joueuse, l’entraîneur n’avait jamais fait preuve de lesbophobie caractérisée jusqu’à aujourd’hui. «Je suis choquée et triste, confie Cécile Chartrain, mais ce qu’il ne sait pas c’est que ça va nous donner encore plus de force pour continuer nos actions contre la lesbophobie et le sexisme. On sait qu’il y a déjà beaucoup de propos homophobes sur le terrain et que la plupart du temps les victimes n’ont pas la force de porter plainte, ou se disent que cela ne servira à rien.»

David Donadei, l’entraîneur impliqué dans l’altercation, nie avoir tenu des propos homophobes et la phrase rapportée par Cécile Chartrain, et affirme que les éducateurs, les parents et les enfants peuvent en témoigner: «Il faut qu’elles arrêtent de croire qu’on les persécute, je sais que c’est à la mode, mais personne ne va les croire, martèle-t-il. On n’est pas plus sexistes qu’elles!» Car selon lui, une des membres des Dégommeuses aurait qualifié ses joueurs de «petits branleurs»: «Ce à quoi j’ai riposté du tac-au-tac: “Et vous, vous êtes quoi? Vous, vous êtes des petites lesbiennes!”, ce qui a fait rire les enfants. Mais à cet âge, ils ne savent même pas ce que c’est une lesbienne ou un homosexuel! Et puis de mon côté, j’ai entendu une de ces demoiselles dire quelque chose à la limite du racisme.» Pour le président du club, c’est une mésentente sur les horaires qui aurait provoqué l’accrochage. Il accuse l’équipe de grignoter sur son créneau: «Elles font preuve d’un manque de politesse, elles rentrent sur le terrain sans dire bonjour, s’installent et commencent à taper le ballon. Quelles que soient leurs tendances, c’est une question de respect! Je suis très rigoureux sur les créneaux et les horaires et elles n’ont pas à se croire au-dessus des autres clubs.»

Il affirme s’en être déjà plaint à la Direction de la Jeunesse et des Sports. «Si elles souhaitent porter plainte, elles risquent de se mettre à l’écart des autres clubs, met-il en garde. Et ce n’est pas dans leur intérêt.» Le président du club conteste tout sous-entendu homophobe de sa part dans l’altercation qui a eu lieu hier soir. «Je suis désolé de ce dérapage et elles peuvent venir en discuter avec moi pour nous présenter des excuses mutuelles.»

L’équipe des Dégommeuses envisage de porter plainte avec le soutien de l’association SOS homophobie. En mai 2013, elle avait déjà subi une agression lors d’un entraînement de la part d’un groupe de jeunes.

L’équipe des Dégommeuses a reçu ce matin le soutien de plusieurs adjoint.e.s de la mairie du XXe arrondissement, tandis que des démarches devraient être entreprises à l’encontre de l’éducateur impliqué. Contactée par Yagg, la maire du XXe arrondissement, Frédérique Calandra a affirmé être «dans une rage apocalyptique»: «Ces faits sont très graves, il a tenu des propos lesbophobes devant des enfants en cherchant à tourner ces femmes en ridicule. Je ne peux pas porter plainte car je ne suis pas directement concernée. Cependant, j’ai pu voir aujourd’hui le commissaire de police du XXe arrondissement, qui était déjà informé de cette affaire, et qui va tout faire pour faciliter la prise de la plainte du club. J’envisage aussi un signalement auprès du procureur de la République, ainsi qu’auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports pour que toute sorte d’agrément lui soit retiré. Nous allons voir avec les élu.e.s à la Mairie de Paris Jean-François Martins, chargé de toutes les questions relatives au sport, et Hélène Bidard, chargée de toutes les questions relatives à l’égalité femmes/hommes comment retirer ses créneaux à cet entraîneur.» La maire s’inquiète vivement d’une montée de la haine contre les femmes, à travers une hausse des comportements lesbophobes, transphobes et sexistes, et déplore que trop peu d’équipes féminines investissent les espaces dédiés au sport dans la capitale. «Je ne supporte pas l’idée qu’on s’en prenne aux femmes. Mercredi prochain, je serai présente avec des élu.e.s au stade Louis Lumière.»

Photo Nicolas Vigier