cyril-legannEn novembre dernier, Chéries Chéris, le festival du film LGBT de Paris, célébrait ses 20 ans. Et à cette occasion, son jury a couronné The Smell of Us de Larry Clark. Pourtant ce choix à la fois évident, puisqu’un réalisateur de grande renommée était dans la compétition, fut contesté dans sa pertinence en tant que film LGBT.

Pourtant,  il est important de répondre sans équivoque: oui, The Smell of Us est bel et bien un film LGBT! Depuis toujours, les films de Larry Clark sont gorgés d’ambiguïté, et l’homosexualité y est présente en filigrane. C’est la grande richesse de sa peinture d’une jeunesse en mouvement: la frontière entre hétéros, gays et bis est volontiers brouillée, et le Nirvana qu’il fantasme est un mélange de tout ce kaléidoscope, anarchique, une priapée entre garçons et filles de tous bords. Le sexe y est vécu comme une libération.

Dans The Smell of Us, Clark présente frontalement l’homosexualité de ses personnages en mettant en scène deux garçons qui se prostituent avec des hommes, et dont l’un est amoureux de l’autre. Le désir gay y est beaucoup plus explicite que dans ses films précédents, comme s’il était maintenant totalement libéré de cette question.

On ne sait pas vraiment si Larry Clark se dit hétéro, bi, gay mais ce dont est sûr c’est qu’il est punk. C’est peut-être avec Godard le seul cinéaste libertaire, totalement affranchi des conventions et c’est pour ça que ses films dérangent tant, y compris certains membres de la communauté LGBT qui ne s’y retrouvent pas.

Mais ne devrait-on pas justement plaider pour cette abolition des étiquettes, et revenir à cet esprit de révolte propre à l’adolescence que Larry Clark a réussi à conserver?

Il me semble que oui, car Larry Clark a la jeunesse éternelle. Son regard ne se ternit pas, son habileté à saisir un geste, un détail anatomique ne s’épuise pas, il semble plus épanoui que jamais. De tous les films projetés lors du festival Chéries Chéris, le sien était de loin le plus moderne dans l’esprit, bien qu’il fut le doyen des cinéastes représentés, c’est un paradoxe. Car son œuvre sans concession tient presque de l’expérimental. Tout le film repose sur le montage, les ambiances, les sensations, plus sur que la narration. Il multiplie les formats, se conformant à ceux qu’emploient ses jeunes skaters: iPhone, GoPro, images vidéos chargées d’artefacts.

The Smell of Us, qui sera peut-être son dernier film, apparaît comme le testament d’une carrière marginale d’un faiseur d’images controversé, adulé ou détesté. Plus que jamais, ce film ravira ses adorateurs et rebutera ses détracteurs.

Larry Clark reste une de ces personnalités marquantes du cinéma qui définissent les contours de la censure, et qui ont cherché à repousser cette limite toujours plus loin, pour avoir la liberté de s’exprimer. Un droit précieux aujourd’hui plus que jamais.