La lettre laissée par la jeune adolescente trans’ Leelah Alcorn avant qu’elle ne mette fin à ses jours dimanche 28 décembre a bouleversé des milliers de personnes à travers le monde. Elle déclenche désormais aussi une vague d’indignation après les différentes déclarations des parents de la jeune fille. La mère de Leelah, Carla Wood Alcorn, citée par CNN, continue de mal genrer Leelah et d’utiliser son ancien prénom: «Nous ne soutenons pas ça, d’un point de vue religieux, a-t-elle affirmé en mentionnant le coming-out trans’ de Leelah. Nous lui avons dit que nous l’aimions inconditionnellement. Nous l’aimions quoi qu’il arrive. J’aimais mon fils. Les gens doivent savoir que je l’aimais. C’était un bon gamin, un bon garçon.»

Sur son profil Facebook, après la mort de Leelah, Carla Wood Alcorn avait en outre posté un message dans lequel elle utilisait là encore des pronoms masculins pour évoquer son décès brutal: «Mon fils de 16 Joshua Ryan Alcorn s’en est allé au paradis ce matin. Il était sorti marcher ce matin et a été percuté. Merci pour vos messages et la gentillesse et l’attention que vous nous portez. Merci de prier pour nous.»

Ces différentes prises de paroles ont provoqué la colère de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux qui ont parfois été jusqu’à envoyer des messages d’insultes et de menaces à cette femme. Plusieurs militant.e.s trans’ américain.e.s ont réagi :

«J’ai partagé la lettre de Leelah plutôt que des articles car ce sont ses mots, son testament. Rien n’a plus de valeur que ce qu’elle a écrit. Sa lettre montre l’intolérance de ses parents, remet en cause les garde-fous médicaux, montre le pouvoir des réseaux sociaux et fait respecter l’auto-détermination.»

«Si vous ne pouvez pas gérer le fait d’avoir un enfant trans’, ne faites pas d’enfants.»

«Ne soyez pas le premier à persécuter votre enfant»

Pour porter un message d’espoir aux jeunes trans’ à travers le monde, de nombreux/euses internautes témoignent aussi sur Twitter avec le hashtag #RealLiveTransAdult qu’ils et elles ont aujourd’hui une vie épanouie, malgré les difficultés qu’il leur a fallu surmonter:

«J’ai commencé ma transition à 42 ans. On n’a pas besoin de faire la course avec la puberté pour être heureux/euse et accepté.e.»

«Je me débats encore avec l’image de mon corps. Je me débats encore avec mon genre. Mais je mérite d’être ici. Et toi aussi.»

«J’ai 26 ans, je suis une personne de couleur, handicapée, tout juste mariée, et un écrivain. On est pas obligé d’être valide ou blanc pour être heureux/euse en étant trans’.»

Pour le militant américain Dan Savage, les parents de Leelah ont un comportement intolérable. Il n’hésite pas à le qualifier de maltraitance et fait le parallèle avec le suicide de Tyler Clementi en 2010, un jeune homo qui, après avoir été filmé à son insu avec un autre garçon, par son colocataire Dharun Ravi, s’est suicidé. Jugé en mai 2012,Dharun Ravi a finalement été condamné à 30 jours de prison ferme pour sa responsabilité dans l’acte désespéré du jeune homme.

«Si le colocataire de Tyler Clementi pouvait être poursuivi et il l’a été – alors les parents de Leelah Alcorn peuvent et devraient l’être.»

«Nous savons que l’hostilité des parents et le rejet doublent le risque de suicide chez un enfant queer, qui est déjà quatre fois plus important. Rejeter son enfant est un abus.»

«Les parents de Leelah Alcorn l’ont jetée sous ce camion. Ils devraient se sentir coupables mais d’abord on doit leur dire qu’ils sont coupables. Des charges doivent être retenues contre eux.»

Deux pétitions ont été lancées en réaction au suicide de Leelah: l’une adressée au gouvernement afin d’interdire les thérapies de conversion, l’autre adressée aux parents de Leelah pour que son prénom figure sur sa pierre tombale, afin que ce dernier hommage soit en accord avec ses dernières volontés. À CNN, Carla Wood Alcorn a déclaré que les obsèques n’avaient pas été programmées, en raison du risque d’y voir une manifestation.

Lire aussi l’hommage à Leelah par le yaggeur TLloyd sur son blog.

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