Que sait-on de la dernière journée de Pier Paolo Pasolini (1922-1975)? Retrouvé mort le dimanche 2 novembre sur la plage d’Ostie, non loin de Rome, Pasolini y avait été sauvagement assassiné, son corps écrasé par sa propre voiture. Mais jusqu’à aujourd’hui, les circonstances du meurtre et son ou l’identité des auteurs de celui-ci demeurent obscurs. Un homme, Pino Pelosi, a bien été arrêté et a reconnu le meurtre, mais des années plus tard, il s’est retracté.

Immense figure artistique de la seconde moitié du XXe siècle, poète, écrivain, cinéaste, militant politique critiquant férocement la société de consommation, Pasolini était aussi ouvertement homosexuel. Pour le film qu’il lui a consacré, Abel Ferrara a choisi de se concentrer sur cette funeste mais banale dernière journée. Il nous montre un Pasolini qui se réveille dans l’appartement de sa maman, lit les journaux, déjeune avec Laura Betti (son égérie), répond à une interview. Pour jouer le rôle, Abel Ferrara a choisi son acteur fétiche, Willem Dafoe, d’une ressemblance troublante. Dafoe est magnétique. Tour à tour enjoué, tendre ou sombre, l’acteur n’a jamais semblé autant habité par un rôle. Ces scènes d’une journée pas si particulière, que Pasolini passe aussi à écrire un nouvel essai, Abel Ferrara les filme comme un reportage. Viennent s’ajouter plusieurs scènes d’un film que Pasolini préparait, des séquences qui peuvent paraître un peu confuses.Le soir, Pier Paolo Pasolini drague un jeune homme, le conduit sur la plage d’Ostie… C’est la partie la plus réussie d’un film qui peut dérouter mais qui réussit à capter à la fois la part sombre et la part solaire d’un personnage hors du commun.

Dans une interview à L’Express, le réalisateur explique qu’il a beaucoup cherché: «J’ai fait beaucoup de recherches, rencontré ses proches, hanté les lieux qu’il avait fréquentés. Mais comment savoir quelle est la vérité 40 ans plus tard? Je ne suis ni enquêteur ni journaliste. C’est à travers mon imagination que j’ai cherché la vérité.» Dans la scène du meurtre, rien ne nous est épargné sous la lumière blafarde d’une nuit de novembre.

Sur Pasolini, Willem Dafoe a déclaré: «Il m’inspire, me donne le courage d’être plus courageux et de penser par moi-même.»

La bande annonce de Pasolini:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur  Pasolini d’Abel Ferrara

Sur Pier Paolo Pasolini: Auteur de plusieurs dizaines de romans, essais et poèmes, acteur engagé dans son époque et son pays, très marqué dans les années 70 par la violence des attentats contre les personnalités politiques ou du monde économique. Pasolini a également profondément marqué le cinéma des années 60 et 70 avec des films comme Accatone, Théorème, L’Évangile selon Saint Matthieu ou son dernier film Salò ou les 120 Journées de Sodome. C’est d’ailleurs sur des extraits de ce dernier film, entrecoupés d’une interview à la télévision française, que s’ouvre le film d’Abel Ferrara. Nous avons retrouvé l’archive de cette interview, présentée sur YouTube comme la dernière de Pasolini, réalisée le 31 octobre 1975, soit deux jours avant sa mort. En réponse à une question sur le caractère scandaleux de son dernier film, Pasolini répond: «Je pense que scandaliser est un droit. Être scandalisé, c’est un plaisir et le refus d’être scandalisé, c’est une attitude moraliste». Une réponse que ne renierait sans doute pas Abel Ferrara.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur L’ultima intervista a Pier Paolo Pasolini, 31 Ottobre 1975.

Pasolini, d’Abel Ferrara, avec Willem Dafoe, Ninetto Davoli, Riccardo Scamarcio…