Premier Nigerian à avoir fait son coming-out à la télévision en 2004, Adebisi Alimi a dû quitter son pays natal en raison des violences qu’il y subissait. Âgé de 40 ans, il vit aujourd’hui au Royaume-Uni où il poursuit son combat contre le VIH, une lutte qu’il a débutée au Nigeria lorsque l’un de ses ami.e.s est mort de la maladie en 2001.

«ON TRAHIT LES GÉNÉRATIONS FUTURES»
Lorsqu’il a lui-même été diagnostiqué séropositif en 2004, la nouvelle lui a fait un «choc», a-t-il confié à npr. «J’ai commencé à pleurer et à me dire que c’était la fin de ma vie parce que j’avais vu mes ami.e.s mourir. C’est quelque chose de si énorme, même au sein de la communauté homosexuelle, qu’être positif, c’est la fin. Personne ne veut vous parler ou sortir avec vous, mais vous êtes la personne dont tout le monde parle. Alors je ne l’ai dit à personne. J’ai été porteur du virus pendant trois ans avant de quitter le Nigeria. Je n’ai commencer à suivre un traitement qu’en 2009.»

Adebisi Alimi est désormais à la tête de Bisi Consultancy, une organisation qui développe des recommandations aux personnes LGBT séropositives. Il déplore qu’aujourd’hui encore, la lutte contre la maladie piétine autant en Afrique: «Il n’y a pas de système pour nous soutenir à cause de la stigmatisation des hommes gays. On croit que le VIH est une punition de Dieu. Et c’est très dur d’exister alors que ce système-là est en place. On trahit les générations futures en ce qui concerne la prévention et les traitements. Beaucoup de gens ont besoin d’avoir accès aux traitements et on a encore des enfants qui naissent avec le virus alors que l’on sait comment empêcher ça. On manque de volonté politique et de fonds pour les projets sur le VIH. C’est devenu un jeu politique.»

«UN MONSTRE QU’ON NE PEUT PAS VOIR»
Les lois homophobes en vigueur dans plusieurs pays du continent africain n’arrangent pas les choses. Au Nigeria, la situation a empiré en janvier 2014 avec une nouvelle législation qui punit de 14 ans de prison les couples de même sexe qui se marient. Par ailleurs, une peine de 10 ans peut être infligée aux couples homosexuels qui affichent leur relation amoureuse et aux personnes membres d’organisations «pour homosexuel.le.s».

De façon surprenante, Adebisi Alimi se dit «heureux» de l’adoption de cette loi: «Je vois cette loi comme un catalyseur d’un changement positif au Nigeria. Vous ne comprenez pas ce que c’est que de se battre contre un monstre qu’on ne peut pas voir. Avant la promulgation de la loi, entre 95% et 98% des Nigérian.e.s la soutenaient. Les derniers sondages indiquent qu’ils/elles sont désormais 88%. C’est une baisse de 10%. Quelques personnes qui ne sont pas LGBT se disent maintenant: “A-t-on soutenu une loi qui pénalise les gens… juste parce qu’ils tombent amoureux?” Quand on voit que son oncle ou un.e cousin.e est homo, la conversation a tendance à changer.»

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