[mise à jour, 16h] Précisions d’Erwann Le Hô

Pour les militant.e.s Christine Nicolas et Erwann Le Hô, à l’origine du manifeste LGBT, la perspective qu’une nouvelle majorité revienne sur le mariage pour tous est alarmante. «Il nous faut un outil solide et puissant pour faire face à ce qui pourrait se passer», a confié ce matin Erwann Le Hô à Yagg. La tenue d’États Généraux du militantisme participe de cette stratégie. Dans un communiqué publié ce mardi 23 décembre, les auteur.e.s du manifeste LGBT ont annoncé que l’événement se tiendra à Avignon du 13 au 15 novembre prochain.

«SECOUER LE COCOTIER»
«Nous avons besoin d’un nouveau souffle pour le mouvement militant national qui n’est pas au mieux de sa forme, explique Erwann Le Hô. Face aux anti-égalité des droits, notre mouvement est dispersé, dispose de peu de financement et n’a que peu de puissance. Il faut reconstruire l’outil associatif. Mettre 70 structures d’accord sur un texte a été une première étape. Les états généraux sont la suivante. On s’y interrogera sur l’après: notre fonctionnement est-il efficace? Faut-il s’organiser autrement? Faut-il s’organiser en fédération? Y a-t-il assez de solidarité entre les associations? Où perd-on de l’énergie? Quelles revendications sont prioritaires? Comment envisager une professionnalisation et sortir de l’artisanat? L’idée, c’est de secouer le cocotier et d’être dans la construction et le dialogue.»

Les signataires, dont la Fédération LGBT – qui regroupe des associations et des centres LGBT en région – et l’Inter-LGBT, implantée à Paris, ont été informés il y a quelques jours du choix d’Avignon comme hôte de l’événement. «Que cela se déroule en région est important car le projet a été porté en premier lieu par des organisations régionales, fait valoir Erwann Le Hô. Avignon est une ville où le tissu militant est organisé, actif, avec une maire progressiste [Cécile Helle (PS) a succédé à Marie-Josée Roig (UMP) en mars 2014, ndlr]. La présence dans cette ville de Jacques Fortin, une figure militante pragmatique et reconnue qui a fondé les Universités d’été euroméditerranéennes des homosexualités (UEEH), apporte quelque chose en plus.»

«RÉUSSITE OU COUP D’ÉPÉE DANS L’EAU»
Ces états généraux verront-ils la rédaction d’un nouveau manifeste ou l’émergence d’une organisation nationale? «Tout est ouvert, répond Erwann Le Hô, mais il faudra effectivement se poser la question d’un regroupement en fédération, réfléchir aux liens entre l’Inter-LGBT et la Fédération LGBT mais aussi avec la Coordination Interpride France [l’organisme qui délivre aux associations locales le droit d’utiliser les marques Lesbian & Gay Pride, GayPride et Pride, ndlr]. Les enjeux sont importants, nous le mesurons collectivement, et ça aboutira soit à une réussite soit à un coup d’épée dans l’eau.» Pour éviter cette deuxième hypothèse, Erwann Le Hô compte sur la présence de militant.e.s belges, suisses, luxembourgeois.es et britanniques qui apporteront leur regard extérieur mais aussi leur propre expérience.

Le militant évoque aussi des interventions de l’association d’hébergement Le Refuge et de All Out, deux organisations qui ont selon lui réussi à capter des financements et à s’assurer une forte visibilité. Il n’ignore pas que des critiques ont récemment été adressées par des militant.e.s LGBT à l’encontre du Refuge, mais Erwann Le Hô ne veut pas «passer à côté de ça même si ça fera peut-être des étincelles». «La sphère militante LGBT française est riche d’une très grande diversité dans ses formes et dans ses modes d’action, ajoute-t-il. Nous avons la responsabilité de nous écouter les un.e.s les autres pour trouver des moyens d’avancer efficacement ensemble.» Des rencontres régionales et inter-régionales doivent avoir lieu dans les prochains mois pour préparer ces états généraux.

Chacun.e peut signer le manifeste et contribuer aux états généraux sur le site officiel du mouvement.

Photo Christine Nicolas et Erwann Le Hô lors de l’Existrans 2014 par Xavier Héraud