Avant de rendre sa décision sur l’affaire opposant en référé le vice-président du Front national Florian Philippot à Closer, la justice se laisse quelques jours pour réfléchir. Dans son édition du 12 décembre, le magazine a publié des photos du responsable politique en compagnie d’un autre homme lors d’un week-end à Vienne avec le titre «L’amour pour tous», dévoilant ainsi l’homosexualité de Florian Philippot. Celui-ci a saisi en référé le tribunal de grande instance de Paris qui a entendu ce lundi 22 décembre au matin les arguments des deux parties: l’avocat Grégoire Lafarge pour le numéro deux du FN et l’avocate Delphine Pando pour la publication people. Une audience à laquelle nous avons assistée.

«DANS LES SALONS PARISIENS, L’HOMOSEXUALITÉ, C’EST PARFAIT»
Fidèle à l’esprit de l’assignation qu’il a envoyée à l’organe de presse, le premier a fustigé «la violence inouïe» du magazine. Il a présenté son client et «son compagnon, son ami» comme «deux personnes qui n’ont rien demandé à personne et qui étaient hors de France pour être en paix». Au cours de sa plaidoirie, il a cité plusieurs passages de l’article, provoquant même un sourire sur le visage de la présidente du tribunal lorsqu’il a répété «les sens constamment titillés par cette agréable odeur de biscuits chauds» pour dénoncer les sous-entendus de l’article de Closer. Il a déploré qu’après avoir évoqué «un instant culture», le magazine utilise des points de suspension pour décrire la présence de Florian Philippot et de son ami dans un sauna. «C’est l’instant cul après l’instant culture!», s’est exclamé maître Grégoire Lafarge.

Lui voit dans cet article «moqueur» une «forme de méchanceté infinie». Car à ses yeux, l’orientation sexuelle relève «du plus intime». «C’est notre singularité, notre secret, a-t-il plaidé. Nous avons le droit de ne pas être poursuivis pour ne pas avoir à livrer le plus singulier, le plus intime de nous-mêmes. Après, ce sera la religion? L’état de santé?» Pour l’avocat de Florian Philippot, Closer a porté préjudice à son client car «l’homosexualité dans les beaux salons parisiens, c’est parfait, parfois même recommandé, mais au café du commerce, au zinc du coin, cela suscite l’opprobre, le mépris, la moquerie». Le magazine s’en serait pris au responsable du FN par «méchanceté». Peut-être même par homophobie puisque l’avocat a reproché à Closer de ne pas «outer tous les hétérosexuels». D’après lui, le ton de l’article aurait été différent s’il s’était agi d’un couple hétérosexuel.

Son principal angle d’attaque repose sur les moyens déployés pour «épier, traquer, pister» Florian Philippot. D’après maître Grégoire Lafarge, Closer, Médiapart et d’autres violent de façon caractérisée la loi, usant de «méthodes que même les flics n’utilisent pas» pour parvenir à leurs fins. Citant la lettre ouverte de l’ami de Florian Philippot à la directrice de la rédaction de Closer, Laurence Pieau, il a affirmé que celui qui s’est donné le pseudonyme de Tyto Alba a été reconnu par son employeur et par «un certain nombre de personnes» car le flou des photos permettait de l’identifier malgré tout.

LA PRESSE OUTE DÉJÀ LES HÉTÉROSEXUEL.LE.S
«S’il a été reconnu, pourquoi ne pas avoir signé la lettre sous son vrai nom?», a répliqué maître Delphine Pando, l’avocate de Closer. Elle a par ailleurs qualifié «d’effets de manche» les arguments déployés par la partie adverse. L’avocate a d’abord rappelé l’état de la jurisprudence concernant plusieurs responsables politiques dont la vie privée a été dévoilée par des organes de presse: Jean-Louis Borloo et sa relation avec Béatrice Schönberg, Steeve Briois, ou encore Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti. Dans toutes les affaires qu’elle a citées, l’atteinte a été considérée comme justifiée par les tribunaux et les cours compte tenu du droit du public à être informé. Elle a souligné que la presse people oute déjà les hétérosexuel.le.s en indiquant que «tel comédien sort avec telle comédienne» et que le ton employé dans l’article est le même dans tout le magazine. «Cela relève de la liberté éditoriale», a-t-elle fait valoir.

Elle a également souligné que l’orientation sexuelle n’appartient pas à la sphère de l’intime. «L’intimité, ce sont les circonstances de leur rencontre, la durée de ce couple, leurs sentiments», a-t-elle expliqué. Selon elle, Closer a contribué au débat d’intérêt général puisque la révélation de l’homosexualité de Florian Philippot a eu des répercussions dans le débat politique. Elle a rappelé qu’il est «chargé de la stratégie et de la communication» du FN. Le fait que Marine Le Pen ne défile pas avec la «Manif pour tous» mais que le même parti apporte son soutien à Vladimir Poutine qui met en place des législations homophobes en Russie est d’après elle parlant.

Florian Philippot demande notamment 50000 euros de dommages-intérêts et l’interdiction pour Closer de réutiliser les photos. Il souhaite aussi que lui soit communiquée la facture ou le contrat entre le magazine et le(s) photographe(s) à l’origine des clichés pour connaître le montant déboursé par le magazine pour les obtenir. Le TGI de Paris rendra sa décision le mercredi 24 décembre à 16 heures.

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