«Comment Sébastien Chenu peut-il manquer à ce point de discernement?» s’interroge Stéphane Dassé, co-fondateur de GayLib et ancien président du mouvement, désormais associé à l’UDI. Dans une tribune publiée sur le site de Libération, il fait part de sa consternation face au ralliement au Rassemblement bleu Marine de celui qui avait aussi participé à la création de GayLib: «Comment peut-on ignorer que l’extrême droite a toujours eu pour stratégie de s’approprier les valeurs de ses adversaires pour les dévoyer et alimenter sa haine des autres? Il en est ainsi de la laïcité – utilisée uniquement contre l’islam – de la nation – utilisée non pour rassembler mais pour exclure – de la défense des “classes populaires” – utilisée pour stigmatiser l’élite et les bobos jugés trop progressistes et trop ouverts sur la réalité du monde.»

«Désormais, c’est au tour des gays de faire les frais de cette instrumentalisation afin de laisser entendre que Marine Le Pen serait “moderne”, qu’elle aurait dé-diabolisé le Front national. La ficelle est un peu grosse alors même que le substrat idéologique de Marine Le Pen repose sur une vision très conservatrice de la famille et de la société, dans laquelle la religion et la référence à “l’ordre naturel” sont omniprésentes.»

Mais la responsabilité de cette évolution doit être partagée selon Stéphane Dassé: «Cette situation sans doute n’existerait pas si l’UMP n’avait pas exploité, à outrance, les thématiques liées à l’homosexualité. A la différence d’autres grands partis de droite européens, elle en a fait un sujet artificiellement clivant.» L’ancien président de GayLib reproche en outre à l’UMP de remettre le débat sur le mariage pour tous à l’ordre du jour: «Alors que la loi ouvrant le mariage civil aux couples de même sexe a été promulguée le 17 mai 2013, l’UMP continue toujours de faire de ce sujet un enjeu électoral interne. La récente nomination par Nicolas Sarkozy de Madeleine Bazin de Jessey – porte-parole de Sens commun – comme secrétaire nationale de l’UMP et la disparition simultanée du secrétaire national chargé de la lutte contre l’homophobie marquent bien une évolution préoccupante.»

En conclusion, Stéphane Dassé déplore amèrement l’assurance affichée de Sébastien Chenu: «Il y a treize ans de cela, nous avons créé GayLib, non pas par opportunisme, mais pour faire bouger les lignes au sein de notre famille politique pour avancer ensemble sur la voie du progrès et du respect. Cette réalité a dû échapper à Sébastien Chenu, et il est particulièrement indécent qu’il puisse citer constamment le nom de GayLib à l’occasion de son rapprochement avec Marine Le Pen. Son cynisme est une trahison pitoyable de notre engagement, à droite et au centre, pour l’égalité.»

Une tribune à lire sur Libération.fr.

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