Photographié à Vienne avec un journaliste présenté comme son ami, le vice-président du Front national Florian Philippot a porté plainte contre Closer et demande 50000 euros de dommages-intérêts au magazine «compte tenu de l’ampleur du préjudice subi», peut-on lire dans l’assignation que Yagg s’est procurée. Son avocat, Grégoire Lafarge, qui défend également Isabelle Balkany, estime qu’il y a eu «une atteinte gravissime à l’intimité» de la vie privée de son client.

«M. Philippot a été véritablement pisté, suivi, épié, traqué, pendant les deux jours de son séjour à Vienne», déplore l’avocat de M. Philippot. Outre les dommages et intérêts, l’avocat souhaite obtenir l’interdiction pour le magazine de réutiliser ces images et exige que les contrats et factures liés aux clichés lui soient remis, même en biffant les noms des photographes.

L’HOMOSEXUALITÉ: PLUS PRIVÉE QUE L’HÉTÉROSEXUALITÉ?
Il attaque le magazine au titre de la publication des photos mais aussi en raison de la révélation de l’orientation sexuelle de Florian Philippot. D’après l’avocat, l’homosexualité du vice-président du FN «relève de l’intimité la plus absolue» et à ce titre, le responsable politique disposerait d’un droit «essentiel et relevant du plus intime qui soit, au secret de sa vie affective et notamment de son orientation sexuelle, dès lors qu’il ne s’est jamais publiquement ni exposé ni exprimé sur ce sujet».

L’argumentation de Grégoire Lafarge implique donc qu’il est moins grave de parler de la vie privée d’une personne hétérosexuelle que de celle d’une personne homosexuelle. Le montant de l’indemnisation exigée est aussi élevé que celui qu’avait demandé Julie Gayet après la publication de photos révélant sa liaison avec François Hollande. Finalement, la justice n’avait condamné le magazine qu’à 15000 euros de dommages-intérêts, avait indiqué l’AFP.

JUSTIFICATIONS
Contactée par Yagg, la directrice de la rédaction de Closer, Laurence Pieau, n’était pas en mesure de répondre pour le moment. Lors d’interviews données au cours de la semaine, elle a toutefois justifié la publication des photographies par le fait qu’aucune distinction ne doit être effectuée entre hétérosexuel.le.s et homosexuel.le.s. «Comment peut-on imaginer qu’un couple homosexuel doit être traité différemment d’un couple hétérosexuel dans la presse?», avait-elle expliqué sur Europe 1.

Dans une décision rendue en décembre 2013, la cour d’appel de Paris avait estimé qu’il était licite d’évoquer l’homosexualité d’un autre responsable du FN, Steeve Briois, car il s’agit d’une «personnalité politique de premier plan» et que «des questionnements publics sur les relations entre la droite nationaliste et les homosexuels» ont vu le jour. Le tribunal de grande instance de Paris, saisi en référé par l’avocat de Florian Philippot, s’appuiera-t-il sur cette jurisprudence? Réponse après l’audience fixée au lundi 22 décembre.

Photo Blandine Le Cain