Jill Soloway, la créatrice de Transparent, probablement une des séries qui auront le plus marqué cette année 2014, est revenue, dans un entretien à Télérama, sur le succès de la première saison, dont le point de départ est le coming-out trans’ d’un père de famille sexagénaire, joué par Jeffrey Tambor, et des conséquences sur sa famille: «La série raconte une histoire touchante, chaleureuse, à l’image de tous ces témoignages apaisés qui fleurissent sur Internet, où l’on apprend qu’une famille a décidé d’aider son fils ou sa fille à vivre heureux dans le genre qu’il ou elle pense être le sien, explique Jill Soloway. Changer de genre est une démarche difficile, qui provoque beaucoup de colère et de haine dans la société. En écrivant Transparent, je voulais simplement en faire quelque chose de beau, d’émouvant et drôle.» Mais la série ne fait pas qu’aborder les thèmes du coming-out et de la transition de façon dédramatisée, car d’après la réalisatrice, elle est devenue aussi «un outil utilisé par les jeunes trans’ pour se faire comprendre de leurs parents»:

«Jeffrey Tambor appartient à leur génération, ils saisissent mieux son personnage, apprécient sa douceur, sa gentillesse. Ils ont compris que sa “transition” n’est pas un acte d’agression. Et à travers lui, ils comprennent leurs enfants. Ce n’était pas ma volonté, mais Transparent est en train d’aider la cause trans à travers le monde.»

CONTRARIER L’HOMME HÉTÉRO BLANC
La réalisatrice sait aussi qu’à l’inverse des réactions positives, certaines vont être plus brutales, face au coming-out de Maura dans la série. Mais perturber les certitudes de certains spectateurs fait justement partie de ce qu’elle voulait montrer avec Transparent: «Nombreux sont ceux qui ne savent pas comment réagir, particulièrement les hommes hétéros, face à ces transitions. Nous vivons dans un monde où tout est fait pour plaire à l’homme blanc hétéro. Dans mon travail, j’essaye de renverser tout ça. J’adopte le point de vue de minorités, un point de vue qui peut déranger un téléspectateur hétéro. La révolution transgenre est liée à la révolution féministe. Elle contrarie la vision machiste du monde en mettant en question ses repères.»

DES INFLUENCES FEMINISTES
Jill Soloway mentionne aussi ses références, la série Louie de l’humoriste Louie C.K., ou Girls de Lena Dunham, une série qu’elle qualifie de «réaliste, crade et sexy»: «Être une femme, selon ces fictions, c’est vouloir être belle, aimer être regardée et être vue comme un objet de désir. Lena a envoyé tout ça bouler. Elle a dit, “Je suis un peu trop grosse, j’aime un peu trop le sexe, je suis un peu trop immorale, et alors? Prenez-moi comme je suis ou allez voir ailleurs”. J’adore son comportement, il m’a inspirée.»

Voir ou revoir le trailer de la première saison de Transparent:

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