Le journaliste Jean Quatremer, spécialiste des questions européennes et correspondant à Bruxelles pour Libération, a comme beaucoup de confrères et de consœurs commenté l’outing de Florian Philippot par le magazine Closer. Sur son blog, il s’étonne d’une certaine hypocrisie de la part de plusieurs journalistes ayant dénoncé l’atteinte à la vie privée du numéro 2 du Front national: «Comme à chaque fois que la “vie privée” des politiques est révélée contre leur gré, une partie des journalistes, essentiellement des journalistes politiques qui vivent d’une certaine connivence pour ne pas dire d’une connivence certaine avec leurs sources, volent à leur secours en invoquant leur droit absolu à la vie privée.»

Non sans une certaine ironie, Jean Quatremer relève les réactions qui ont suivi la publication des photos de Florian Philippot aux côtés d’un homme au visage flouté:

«Les cris d’orfraie médiatiques (ne parlons même pas des politiques qui se protègent entre eux) ont même atteint une intensité inconnue sur l’échelle de Richter de la bien-pensance journalistique. Pourquoi? Parce que Closer a (dé)montré que Philippot était homosexuel.»

«Sans s’en rendre compte, ces éditorialistes montrent, en réalité, qu’ils ont quelques difficultés à admettre qu’hétérosexualité et homosexualité se valent, c’est-à-dire qu’il est aussi normal d’être homosexuel qu’hétérosexuel et qu’il n’y a rien à cacher. En l’occurrence, ce n’est pas le fait que Philippot ait été photographié lors d’un week-end privé qui choque nos médiateurs, mais que son homosexualité soit étalée au grand jour. On en veut pour preuve que nos grandes plumes, si promptes à excommunier, restent silencieuses lorsque les amours d’hétérosexuels, politiques (comme celle d’Arnaud Montebourg et d’Aurélie Filipetti dernièrement) ou simplement people, sont chaque semaine étalés dans Voici, Closer ou autre.»

Il ne fait aucun doute pour le journaliste qu’être informé sur le fait que Florian Philippot est gay présente un intérêt pour comprendre certains positionnements, notamment sur les questions de société:

«Savoir que l’un des principaux dirigeants de ce parti, qui se veut le parangon des valeurs familiales traditionnelles, est homosexuel relève, sans aucun doute, du débat public, car cela montre son degré d’hypocrisie et d’opportunisme. Et cela éclaire aussi la politique hésitante de ce parti à l’égard du mariage gay: influencée par Philippot, Marine Le Pen n’a pas pris part aux manifestations anti-gay de la manif pour tous, alors que le banc et l’arrière-ban de l’appareil frontiste s’y pressaient…»

Après un rappel particulièrement instructif sur l’évolution de la protection de la vie privée dans le droit français depuis 1970, Jean Quatremer conclut en revenant sur la polémique autour de Florian Philippot: «Est-ce à dire que tout doit être dit? Bien sûr que non. Simplement, en matière politique, le dit doit être la règle, le non-dit l’exception. Car tout n’a pas à être sur la place publique. Il faut que l’élément révélé ait un impact dans le débat public. Par exemple, rendre public, comme l’a fait l’Express (et non Closer) en 2013, la véritable filiation de Marion Maréchal-Le Pen n’apporte rien au débat politique.»

À lire sur le blog Coulisses de Bruxelles.