Depuis hier matin, les réactions des politiques et des journalistes se succèdent depuis la révélation par Closer de l’homosexualité de Florian Philippot, du Front National. Le mot clé qui émerge le plus souvent, c’est «indigne». Valérie Debord, de l’UMP qualifie l’outing de Florian Philippot d’«indigne». Renaud Dely, de L’Obs,  écrit: «il faut s’indigner sans réserve de la violence infligée à Florian Philippot par « Closer ».»

Avec la même rapidité que lors de la révélation de la liaison de François Hollande, le monde politique et médiatique se pince le nez, mais s’empresse de réagir et d’en parler. Dans le cas de Florian Philippot, on aurait franchi, toujours selon Renaud Dely, «un pas de plus dans l’ignominie». Ah bon? En quoi révéler l’homosexualité d’une personnalité publique serait-il plus indigne que de citer à longueur d’article le nom de l’actrice amante du Président et de publier sa photo (ce que Closer ne fait pas avec le compagnon de Florian Philippot)? C’est l’homosexualité qui pose problème?

CE QUI EST INDIGNE
Ce qui est indigne, c’est de laisser penser que la révélation de l’homosexualité est chose plus grave que la révélation d’une liaison hétérosexuelle. Ce qui est indigne, c’est d’avoir laissé se déverser sans contrepartie la parole homophobe durant des mois, sous forme d’interviews, de reportages, de tribunes et de publicité. Rappelons au passage que BFM TV a consacré six heures de direct à la manif homophobe du 13 janvier 2013, un record. Ce qui est indigne, c’est d’avoir laissé le micro ouvert pour des mouvements comme Civitas, clamant que «la France a besoin d’enfants, pas d’homosexuels». Ce qui est indigne, c’est de refuser d’aller au bout de l’égalité des droits et de laisser les femmes lesbiennes en dehors de l’accès à la PMA. Ce qui est indigne, c’est de refuser la citoyenneté à des dizaines de milliers de personnes trans envers qui la violence de la société est tenace.

VIE PRIVÉE
Faut-il le répéter. On se fiche comme d’une guigne de savoir ce que chacun fait au lit, ses goûts sexuels, ses pratiques. Mais l’homosexualité, pas plus que l’hétérosexualité, ne relève de la vie privée. C’est l’absence de visibilité à tous les niveaux de la société qui alimente l’homophobie, pas l’inverse. Les politiques devraient preuve de sens civique et admettre qu’en s’engageant dans la bataille pour l’intérêt commun, ils et elles peuvent commencer par eux-mêmes. Être soi-même, c’est tout ce qu’on leur demande. Il ne s’agit comme le clame certains de je ne sais quelle dictature de la transparence. Mais bien d’un besoin de vérité et de sincérité. Nous ne sommes plus dans les années 70. Les «indigné.e.s du jour» oublient que depuis une certaine loi de 1982, l’homosexualité n’est plus un délit en France. Que depuis 2013, les homos comme les hétéros ont le droit de se marier, un acte qui nécessite de publier les bans et de participer à une cérémonie ouverte à tous en mairie. Depuis 2004, une loi est même censée (car elle est peu appliquée, voir paragraphe précédent) permettre de condamner les propos homophobes.

Révéler son homosexualité, Bertrand Delanoë l’a fait en 1998 et a été élu deux fois de suite maire de Paris. Klaus Vowereit, le maire de Berlin, a fait son coming-out en 2001 et vient juste de mettre fin à sa fonction.

IL N’Y A AUCUNE VERTU AU PLACARD
Personne à ma connaissance n’a jamais caché son hétérosexualité. Faut-il comprendre désormais que lorsqu’on demandera à une personnalité: êtes-vous homosexuelle ou hétérosexuelle, le refus de répondre signifie qu’elle est lesbienne ou gay? L’effet est désastreux. Pourtant, comme l’écrivait Xavier Héraud dans une tribune sur Yagg cette semaine, «rappelons aussi qu’être gay ou lesbienne, le réaliser et le vivre pleinement est la chose la plus merveilleuse qui soit ».

Il n’y aucune vertu au placard. Même si je peux entendre et comprendre qu’il n’est pas toujours facile de faire son coming-out, de la part de personnes qui ne seront pas forcément protégées et soutenues en raison de leur milieu social ou familial, il n’en va pas de même des politiques et de celles et ceux qui sont censées représenter les citoyen.ne.s. Quelle image donne-t-il d’eux-mêmes et de leur orientation sexuelle s’ils estiment qu’il vaut mieux la tenir cachée, au risque de passer pour ce qu’ils ne sont pas.

Relisons les mots d’Harvey Milk, un des tous premiers politiciens ouvertement homos aux États-Unis quand il parlait du coming-out: «Une fois pour toute, casser tous les mythes, détruisez les mensonges et les déformations. Pour vous-mêmes. Pour les autres.»