Après Les Parapluies de Cherbourg, de Jacques Demy, en septembre dernier, c’est au tour d’un chef d’œuvre de la comédie musicale hollywoodienne d’être adapté sur la scène –et non pas l’inverse comme c’est le plus souvent le cas. Fallait-il monter An American in Paris au théâtre? La réponse est trois fois oui. Si le film de Vicente Minnelli était avant tout mémorable pour la scène du ballet sur la musique de George Gershwin, le livret écrit par Craig Lucas pour le Châtelet gagne en profondeur. Lucas situe l’histoire dans l’immédiat après-Guerre, alors que le souvenir de l’occupation nazie est encore bien vivace et que les Parisiens, et les expatrié.e.s, veulent s’amuser.

L’histoire tourne toujours autour des quatre mêmes personnages: Lise, une vendeuse des Galeries Lafayette dont vont tomber amoureux trois hommes: Jerry, le soldat tout juste démobilisé, Adam, musicien juif américain expatrié à Paris et Henri, le fils de la famille Baurel, qui héberge Lise. Celle-ci, qui rêve de devenir ballerine, se voit proposer de danser sur… une musique d’Adam (le ballet final de la pièce). À la différence du film, les motivations et les agissements des uns et des autres sont plus complexes dans cette version théâtrale.

PARIS MAGNIFIÉ
La deuxième raison, et non des moindres, c’est la mise en scène de Christopher Wheeldon, qui signe également la chorégraphie. Paris est magnifié par des décors mobiles et des projections d’animation vidéos et mêmes d’images d’archives. Loin de vouloir copier Minnelli, Wheeldon créé son propre Paris fantasmé et glamour et le spectacle regorge de trouvailles visuelles.

La scène du ballet, durant laquelle le film faisait défiler des pastiches de peintres parisiens (Duffy, Toulouse Lautrec, Degas, …), est ici inspiré de l’art abstrait, avec un effet particulièrement réussi. La chorégraphie a été entièrement repensée. Et les rôles de Jerry et de Lise sont tenus par deux pointures: Robert Fairchild est danseur étoile du New York City Ballet depuis cinq ans et Leanne Cope est first artist au Royal Ballet. Excusez du peu! Tous deux sont aussi merveilleux danseurs que comédiens et chanteurs.

Si le premier acte donne un peu le tournis par ses (trop) nombreux changements de décor, le second est un enchantement, en particulier la chanson I’ll Built a Stairway to Paradise, authentique show stopper longuement applaudi. Le ballet, sur le morceau qui donne son titre à l’œuvre, et durant lequel Robert Fairchild se lance dans une série de grands jetés impressionnants, est un pur moment de magie.

Particularité de cet American in Paris: il est créé dans la capitale française avant d’être présenté au public new yorkais. Depuis dix ans à la tête du Châtelet,  Jean-Luc Choplin a fait découvrir au public parisien les perles du théâtre musical américain (Candide de Bernstein, La Mélodie du bonheur de Rodgers et Hammerstein) et il fut le premier à créer en France des œuvres de Stephen Sondheim (A Little Night Music, Sweeney Todd, Sunday in the Park with George, Into The Woods). Espérons que cette production franco-américaine de l’œuvre des frères Gershwin passe la rampe à Broadway.

Photo Angela Sterling

Extraits de An American in Paris, filmés par le Théâtre du Châtelet.

An American in Paris au Théâtre du Châtelet par yaggvideo

An American in Paris, jusqu’au 4 janvier, au Théâtre du Châtelet.

Création mondiale – Co-production Théâtre du Châtelet
 et Pittsburgh CLO 
en accord avec Elephant Eye Theatrical.