Sommaire:

À vivre couché de Pauline Hillier
Les années Gai Pied (1979 – 1992) Tant et si peu de Thomas Dupuy
Vives les pédés et autres fantaisies de Copi
Toutes les femmes ne viennent pas de Vénus de Charlotte Lazimi
Alors je suis devenue une Indien d’Amérique… de Marie Docher
Notre Chanel de Jean Lebrun
Les Yeux de Zanele de Claire Sobert
Un voyage à Arras – Vie et mort d’Isaac Rosenberg de Shaun Levin
Et Cris… d’Esther Boschko
Le Chant d’Achille de Madeline Miller
The Formidables de Chris Malgrain et Christophe Lacroix
Histoire de l’Art d’un genre nouveau d’Anne Larue et Magali Nachtergael
My Buddy de Dian Hanson et Scotty Bowers
Filiation dès la naissance de Thomas Linard
L’échange économico-sexuel sous la direction de Christophe Broqua et Catherine Deschamps

 

a vivre coucheÀ vivre couché, Pauline Hillier, On Lit Editions, 175 p., 14€. On est un peu paumé.e en lisant ce livre. Tout comme l’héroïne, d’ailleurs. Paumé.e, donc, mais cela importe peu puisqu’on se laisse porter par la plume de Pauline Hillier, par ces descriptions concises qui, en quelques mots, dressent le tableau grâce à des références qu’on a tou.te.s. À vivre couché, c’est l’histoire incongrue d’une fille sans histoires, qui, assez soudainement, est catapultée d’histoire en histoire. On a presque le sentiment d’être face à des nouvelles avec un personnage fil rouge assez attachant pour qu’on reste accroché.e jusqu’au bout. Pour apprécier cet ouvrage, il faut accepter, comme la narratrice, que la vie charrie son lot de surprises et d’inattendu et que tout peut arriver. Qu’on peut un jour tomber éperdument amoureuse d’un sublime gorille mais qu’on peut aussi lire quelques pages du manuel de chirurgie de sa compagne et découvrir que c’est extrêmement utile le jour où on mange du poisson dans une maison de retraite. Julien Massillon

 

les annees gay piedLes années Gai Pied (1979 – 1992) Tant et si peu, Thomas Dupuy, Des Ailes sur un tracteur, 336 p., 19€. Volontaire au Centre LGBT Paris Ile-de-France, Thomas Dupuy a dépouillé tous les numéros du Gai Pied, de sa création en 1979 à sa fin en 1992, pour en permettre le référencement sur le site du Centre. Après avoir partagé ce travail, au fur et mesure, sur son blog Yagg, il dresse dans Les Années Gai Pied un panorama de la France (et un peu du reste du monde) de cette période au travers du prisme du mythique magazine. Année par année, il raconte les créations d’associations, l’avènement des gay prides, les prises de position politiques, l’arrivée du sida, les débats, les avancées et les reculs, la place de l’homosexualité dans les médias, dans la culture, la grande et la petite histoire. En bonus, sont réédités quelques-uns des grands entretiens du Gai Pied, avec Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Marguerite Duras, Françoise Barré-Sinoussi ou Barbara. Sans être une encyclopédie de la vie LGBT, Les Années Gai Pied permet de replonger dans «un pan de notre culture commune (…) qui nous permet de mieux saisir bien souvent notre vie actuelle». Judith Silberfeld

 

Vive les vives les pedespédés et autres fantaisies, Copi, Editions de l’Olivier, 270 p., 24€. On connaît bien Copi le dramaturge, moins bien Copi le dessinateur. Deuxième volume d’une anthologie consacrée à ses bandes dessinées, Vive les pédés présente la période allant d’Hara-Kiri et Charlie à Gai Pied en passant par Libération – d’où il fut viré en à peine deux mois, à savoir de la fin des années 70 jusqu’à la mort de Copi en 1987. On y retrouve son personnage culte de la femme assise et son humour absurde, mais aussi Libérett, la femme trans’ non opérée, vulgaire, exhib’, obsédée et irrévérencieuse, un «clin d’oeil à la journaliste Hélène Hazera», selon Thibaud Croisy, qui préface le recueil. Ce qui marque principalement dans les petites bandes dessinées de Copi, c’est sa liberté de ton. Il croque les trans’, les gouines et les pédés avec un humour grinçant, sans filtre et sans tabou qui choquerait sans doute encore quelques âmes chastes aujourd’hui. Un recueil essentiel donc, avec une couverture qui fera son petit effet sur votre table de salon. Xavier Héraud

 

toutes les femmes ne viennent pas de venusToutes les femmes ne viennent pas de Vénus – L’égalité aujourd’hui, Charlotte Lazimi, Michalon, 288 p., 18€. Pensée émue pour Bridget Jones qui a longtemps eu pour bible Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus et pour le jeune Julien qui s’est longtemps demandé de quelle planète il venait parce qu’il ne correspondait pas vraiment au profil standard du Martien. Cet ouvrage n’est pas en soi novateur, il ne vous apprendra pas grand-chose que vous ne sauriez déjà si vous êtes un.e féministe convaincu.e, mais il a le mérite louable de montrer pourquoi hommes et femmes ont aujourd’hui besoin du féminisme pour parvenir une société plus juste. Et surtout, l’auteure donne des arguments à avancer à celles et ceux qui font du féminisme un combat du passé car tout serait déjà accompli. Salaires, congés parentaux, répartition des tâches domestiques, éducation: de nombreux domaines de la vie courante sont abordés et l’auteure pointe du doigt tous les endroits où ça ne va toujours pas. JM

 

alors je suis devenue une indien dameriqueAlors je suis devenue une Indien d’Amérique…, Marie Docher, iXe, 108 p., 14€. Mêlant ses propres souvenirs d’enfance et ses souvenirs d’une année 2013 qui lui a mis les nerfs à rude épreuve, Marie Docher, l’auteure de ce livre au titre énigmatique, a entrecoupé ses courts textes intimistes avec ses photos, des corps le plus souvent, mais parfois aussi des clichés d’enfance, ou même une rédaction faite en 3e. Elle y a entrecroisé des discours de parlementaires opposés à l’ouverture du mariage pour tous, des bribes de conversations et des scènes d’homophobie ordinaire, d’une banalité douloureuse et d’une violence sourde parfois indicible. Ces éléments s’emboîtent finalement comme les pièces d’un puzzle pour refléter une évolution, un parcours de femme qui se découvre une conscience communautaire et une envie irrépressible d’être libre. Alors je suis devenue une Indien d’Amérique… est ce genre de livre, qui à travers une histoire intimiste, fait revivre une expérience collective encore très vive, une histoire de quête d’égalité qui nous parle à tou.t.e.s… Maëlle Le Corre

 

notre chanelNotre Chanel, Jean Lebrun, éditions Bleu autour, 276 p., 20€. Notre Chanel, c’est d’abord l’histoire d’une promesse. Celle que Jean Lebrun avait faite à son compagnon, Bernard Costa. Ce dernier, journaliste de mode et passionné par ce milieu, l’avait entraîné dans un marathon à travers la France sur les traces de Mademoiselle Chanel, sur ses secrets, sur les paysages et les lieux, formidablement décrits dans cet ouvrage. En ces années horribles, Bernard savait ses jours comptés. Et Jean Lebrun, merveilleux conteur de l’histoire sur France Culture et maintenant sur France Inter avec La Marche de l’histoire, a tenu sa promesse, haut la main. Ce récit n’est pas le premier sur ce personnage énigmatique et fascinant qu’est Coco Chanel. De nombreuses biographies ont levé de nombreux voiles sur une vie pas toujours au dessus de tout soupçon, notamment dans les périodes des deux Guerres mondiales. L’intérêt de Notre Chanel réside ailleurs, dans la découverte de personnages haut en couleurs, tel Boris Kochno, secrétaire de Diaghilev (jusque dans son lit), proche de Chanel dans les années 20 et qui explique aux auteurs, lors de leur première rencontre en 1988, que toute la communication de Chanel est «de dissimuler». Le livre nous invite aussi à revoir les films de Robert Bresson, que Chanel couva et inspira, sous un autre angle. Jean Lebrun consacre également des pages magnifiques au combat de son compagnon contre le sida, dont il mourra en 1990. C’est ce mélange entre la vie de Coco Chanel et de Bernard Costa qui rend ce livre si original et attachant. Notre Chanel a reçu le Prix Goncourt 2014 de la meilleure biographie. Christophe Martet

 


les yeux de zaneleLes yeux de Zanele, de Claire Sobert, KTM, 168 p., 18€. Transférée à la Crim’ après que son coming-out a rendu impossible toute cohabitation sereine avec ses collègues du commissariat du XVIe arrondissement de Paris, Claire Gabillaud a la très horrible surprise d’être appelée sur la scène du meurtre de la femme avec laquelle elle vient de passer la nuit. Très vite, l’enquête s’oriente vers un tueur en série lesbophobe. Pari réussi pour ce premier roman, qui, bien qu’imparfait – c’est un premier roman – rappelle les univers gris et glauques de Patricia Cornwell ou Val McDermid. À lire le cœur bien accroché. JS

 

un voyage a arrasUn voyage à Arras – Vie et mort d’Isaac Rosenberg, Shaun Levin, Christophe Lucquin, 176 p., 16€. Alors que sa vie amoureuse s’effondre, le narrateur, gay sud-africain, part sur les traces d’Isaac Rosenberg, soldat britannique tué en 1918 sur le front français mais surtout «peintre et poète». Shaun Levin se glisse dans la peau de ce jeune homme dont les poèmes «sont aujourd’hui considérés comme ce que l’Angleterre a produit de plus singulier et de plus visionnaire de toute la Première Guerre mondiale», indique le traducteur Étienne Gomez dans la préface. S’appuyant sur les lettres envoyées par Isaac Rosenberg à ses proches, l’auteur dresse un portrait éparpillé mais touchant de l’artiste, dont le corps ne fut jamais retrouvé. JS

 

et crisEt Cris…, Esther Boschko, auto-édition, 94 p., 11€. Décousu et haletant, Et Cris… est une autofiction à la saveur très militante et queer qui se lit d’une traite, comme s’il fallait en rattraper ses différentes personnages qui vivent à toute allure. Reflet d’une époque pas si lointaine, mais révolue, celle du Pulp, du CLIT (Commando des Lesbiennes Insoumises et Transgressives) et de leur fameuse opération Tampax, ce court roman à l’écriture décomplexée et incisive (en français et en anglais, avec textos, journal intime, paroles de chansons et même une adresse d’un site internet), transmet une énergie rare et précieuse. MLC

 

 

le chant dachilleLe chant d’Achille, Madeline Miller, Editions Rue Fromentin, 383 p., 23€. Vivre au milieu des dieux, demi-dieux ou héros de l’Iliade? Une folle utopie… et pourtant! Madeline Miller et sa prose sobre, directe, sans le lyrisme et la grandiloquence attendus ou craints, nous installent au sein du couple «gay», clairement affiché, d’Achille et Patrocle. Cet amant total, narrateur choisi par l’auteure (professeure d’histoire), nous narre leur rencontre, l’éclosion de leur amour et les dix ans de (leur) guerre de Troie, folle odyssée…. Ulysse, Agamemnon, Paris, Hélène, Ménélas, Priam, Ajax, Iphigénie… Si Madeline Miller les descend un peu de leur Olympe, c’est pour mieux nous hanter. Un livre divinement effronté! Éric Garnier en partenariat avec Homomicro

 

the formidablesThe Formidables, Chris Malgrain et Christophe Lacroix, Oniric Comics, 56 p., 13€. Arrow City, aux États-Unis, en 1959. Doté.e.s de super-pouvoirs à la suite d’une explosion, un scientifique et son équipe se retrouvent face à un super-méchant qui veut détruire l’Amérique. Ce premier tome de The Formidables, intitulé «Fierté et préjugés», pousse l’hommage – assumé – à Stan Lee et à Jack Kirby jusqu’à reproduire l’anticommunisme primaire de l’époque, ce qui nuit quelque peu au plaisir de voir des super-héros et héroïnes combattre le racisme et l’homophobie. JS

 

 

Histoire-de-lart-dun-nouveau-genreHistoire de l’Art d’un genre nouveau, Anne Larue et Magali Nachtergael, Max Milo, 29€. En posant un regard critique sur la soi-disant suprématie masculine dans le domaine de l’Art, des peintures rupestres de la Préhistoire au surréalisme, les deux auteures Anne Larue, professeure d’art et littérature et Magali Nachtergael maître de conférences en littérature et arts, toutes deux à l’Université de Paris 13, réhabilitent les femmes artistes hypocritement gommées dans l’enseignement de l’Histoire de l’art et souvent dans les musées. Car au-delà des muses et des élèves, des modèles et des épouses, les femmes ont elles aussi laissé d’innombrables chefs d’œuvre au fil des époques. Un beau livre qui casse les idées reçues et nous amène à les (re)découvrir. MLC

 


my buddyMy Buddy, Dian Hanson et Scotty Bowers, Taschen, 320 p., 49€. Un gigantesque album de photos unique au monde! Dans un luxueux et bouleversant album, les éditions Taschen publient plus de 400 clichés rassemblés par Michaël Stokes. Engagés dans la seconde guerre mondiale, ces américains photographiés nus, ont pour la plupart disparu (ou sont nonagénaires) et ont pu faire partie de nos sauveurs. Ils nous émeuvent plus qu’ils ne nous excitent: un texte (trilingue) nous explique le pourquoi et le comment de ces photos, entre deux moments de répit, peut-être leurs derniers: «Le choix d’un copain («buddy») était aussi crucial, sinon plus, que le choix d’une épouse» écrit le scénariste de La fureur de vivre, Stewart Stern… EG

 

filiation des la naissanceFiliation dès la naissance, Thomas Linard, Ufal, 76 p., 5€. Thomas Linard est l’un des porte-parole de l’Inter-LGBT sur les questions liées à la famille. Il est aussi responsable de la commission LGBT du Parti Gauche. Autant dire que lorsqu’il s’agit de nos familles, il sait de quoi il parle, même quand il le fait en son nom propre et non au nom des organisations dont il est membre, comme c’est le cas avec ce petit livre. Et comme il n’est pas du style à critiquer dans le vide, il ne se contente pas d’expliquer pourquoi le système actuel, même post-loi Taubira, fonctionne mal et créé des injustices, ni de démontrer en quoi, selon lui, certaines pistes comme la présomption de parenté sont de fausses bonnes idées. Filiation dès la naissance se compose donc de deux parties. La première présente, avec des arguments et des exemples précis, les insuffisances et les défaillances de notre droit de la filiation. La seconde est une proposition de loi visant à réformer ce droit de la filiation. Parmi les changements revendiqués, l’universalisation de la reconnaissance ou la possibilité pour le donneur de gamètes de permettre la levée de son anonymat. JS

 

echange economico sexuelL’échange économico-sexuel, sous la direction de Christophe Broqua et Catherine Deschamps, éditions EHESS, 416 p., 17€. Si vous persistez à penser que l’on peut vivre d’amour et d’eau fraîche, cet essai n’est pas fait pour vous. Dans cet ouvrage collectif, de Bolivie au Maroc, en passant par le Sénégal ou la France, les chercheurs montrent que les frontières entre intérêts et sentiments sont perméables. Cet ouvrage s’ouvre sur le texte fondateur de l’anthropologue féministe Paola Tabet, qui contesta dans les années 80 la distinction entre sexualité « ordinaire » et sexualité « commerciale ». CM

 

Photo Klara