Joan Charras Sancho est une théologienne protestante, membre de l’Union des églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uepal). Mère de trois enfants et femme de pasteur, elle travaille pour une association caritative. Engagée depuis cinq ans dans le Carrefour de Chrétiens Inclusifs, elle anime des temps de prière inclusifs en Alsace.

«QUE DIABLE SE PASSE-T-IL DANS L’ÉGLISE LUTHÉRIENNE DE FINLANDE?», PAR JOAN CHARRAS SANCHO
Joan Charras SanchoL’Église luthérienne de Finlande, longtemps Église d’État au monopole exclusif sur les registres civils via le baptême, le mariage et les funérailles, se vide un peu plus vite de ses membres dernièrement. Ils/elles sont en effet passés de 90% à 75% de la population en 25 ans.

L’Église est en crise, à qui la faute? Certains disent que c’est la faute du projet de loi visant à autoriser le mariage des couples homos. Déposé vendredi, il a été salué chaudement par un évêque, Kari Mäkinen. Immédiatement, on a pu constater sur le site eroakirkosta.fr (Quitter l’Eglise) qu’entre 10000 et 15000 fidèles ont exprimé leur souhait de se désinscrire des listes et de ne plus verser leur impôt ecclésiastiques en signe de désaccord.

On peut penser qu’il s’agit des chrétien.ne.s les plus conservateurs/trices, et qu’ils et elles vont rejoindre des églises qui s’inscrivent dans cette théologie, comme l’Église orthodoxe ou luthérienne du Synode du Missouri, deux églises opposées aux femmes pasteurs.

Peut-on dire que c’est la faute des homosexuel.le.s, des conservateurs/trices, des progressistes? Je crois surtout que c’est l’occasion de redécouvrir la capacité de l’Église à réfléchir, à se laisser interpeller, à être un lieu de rencontre et de dialogue… contradictoire!

Une nouveauté? Pas vraiment. En 2010, suite à un débat télévisé pendant lequel une élue chrétienne démocrate avait notamment dit qu’il était «mal» pour un.e chrétien.ne d’avoir une relation homosexuelle, 25000 personnes avaient déjà quitté le navire en un temps record. Il s’agirait là plutôt des chrétien.ne.s progressistes, las d’être associé.e.s à des paroles discriminantes et finalement peu évangéliques.

Que faut-il en penser? L’Église luthérienne de Finlande doit amorcer son tournant: de grande Église d’État au monopole non discuté pendant plus de quatre siècles, elle doit comprendre que toute parole publique se doit d’être pastorale, et non pas politique. Prise au piège par ces décomptes de «sorties d’Église», elle semble perdre son cap: être lieu d’annonce d’une parole aimante, accueillante et sans jugement. 
Existe-t-il une solution?

Tout d’abord, je regarde avec humilité cette situation en Finlande, puisque je sais qu’il existe les mêmes tensions dans mon Église. Il y a partout, dans tous les milieux, des radicaux diamétralement opposés.

Cependant, je garde en tête qu’il est possible de vivre une unité dans la diversité, qui ne se fasse ni au détriment des minorités, ni au détriment de la plus-value d’amour que nous voulons annoncer.

Et les chiffres ou les départs, s’ils doivent nous interpeller, ne peuvent pas être notre aiguillon, alors que nous proclamons que le bon berger quitte 99 brebis pour chercher celle qui s’est éloignée… Restons fermes dans notre recherche de justice et d’égalité, et laissons Dieu s’occuper des éloigné.e.s! Finalement, nous les reverrons peut-être lors du mariage de deux femmes auquel ils/elles seront invité.e.s… Hauts les cœurs, cap sur l’espérance!

Joan Charras Sancho

Photo Hans Põldoja