Parmi les thèmes qui seront assurément abordés lors de cette Journée mondiale de lutte contre le sida, il y aura la question de la prévalence au VIH chez les homosexuels. Sur ce point, je souhaite réaffirmer quelque chose de très clair: parler du VIH/sida aux gays et aux lesbiennes, informer et mobiliser, c’est, de manière absolument nécessaire, prendre en compte une gigantesque et infinie pluralité de parcours, de vies, de ressentis. Cette pluralité implique non pas une prévention monolithique mais bel et bien une personnalisation de la prévention: en somme pouvoir choisir sa prévention en fonction de soi, de ses besoins, de ses pratiques et de ses envies, gage ainsi d’une meilleure acceptation et adhésion. D’où cet extraordinaire champ d’intervention qui s’est ouvert et s’ouvre toujours plus devant nous avec la prévention combinée, champ pour lequel je veux mettre deux événements en exergue: la réussite d’Ipergay et le lancement des autotests.

Mais tout ceci a un prix, un prix en forme de condition sine qua non: le respect de l’Autre et de ce qu’il est. En effet, comment imaginer pouvoir parler sereinement de prévention en direction des gays et des lesbiennes quand son identité même est niée ou constamment injuriée? Alors qu’on aurait pu penser que le vote définitif (j’insiste sur le définitif!) sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe aurait pu sonner la fin de la récré haineuse pour les extrémistes de tous bords, il n’en a rien été. Ces professionnels du rejet et de l’intolérance continuent leur petit bonhomme de chemin, encouragent l’homophobie larvée, sans recevoir une forte opposition… C’est le moins que je puisse dire! De nombreux responsables politiques, notamment un ancien président de la République, les acclament et les applaudissent, emportés qu’ils sont, non pas par l’ivresse de la foule mais par une tactique politicienne qui ravage tout sur son passage même les valeurs démocratiques de base et la devise de notre République: «Liberté, Egalité, Fraternité»…

Mais revenons sur cette journée mondiale. Le 1er décembre est évidemment un moment particulièrement fort pour tous les acteurs de la lutte. Un moment pour se souvenir. Un moment pour informer le grand public, pour construire ensemble l’avenir, pour parler prévention, information, système de santé, défense des droits, soutien aux malades, plaidoyer politique, autant de notions interdépendantes l’une avec l’autre et qui sont l’expression de la richesse de la réponse associative au VIH/sida, richesse non pas luxueuse mais tout bonnement nécessaire.

Le 1er décembre sera toujours pour moi le symbole de lutte contre la maladie: c’est en effet un 1er décembre 1987 que j’ai débuté les traitements contre le VIH. Depuis, beaucoup de mes amis ont été emportées par la maladie, moi j’ai survécu. J’ai coutume de dire que la lutte contre le sida est une promesse et une promesse est faite pour être tenue. Tous les jours, je me bats aussi pour eux, pour les vivants mais aussi pour celles et ceux partis trop tôt!

Jean-Luc Romero

Photo Xavier Héraud